Territoires

Arnaud Montebourg, président du Conseil général de Saône-et-Loire, a traduit le gouvernement en justice afin de récupérer 800.000 euros, facture due au transfert de compétences aux départements dont les recettes ont été asséchées par la crise. Le député PS s’en explique et critique vivement la suppression de la taxe professionnelle.

Quel est l’état des finances du département de Saône-et-Loire ?
La crise nous a mis dans le fossé. Les recettes des droits de mutation ont diminué de 10 millions d’euros en 2008 et de 22 millions cette année. Et pendant ce temps, les dépenses sociales (RMI, RSA, APA, protection de l’enfance, etc.) explosent. Résultat, il me manque aujourd’hui 25 millions d’euros pour boucler mon budget.

Le Premier ministre François Fillon a exhorté le mois dernier les collectivités locales à réduire leurs dépenses. Que lui répondez-vous ?
C’est déjà fait ! En 2008, quand j’ai pris la présidence du Conseil général, j’ai pris de nombreuses mesures pour réduire le train de vie de la collectivité. Ce plan nous a permis d’économiser 10 millions d’euros. Cette année, nous avons réduit de 30% les aides aux communes rurales, nous avons supprimé les subventions aux clubs sportifs professionnels ainsi qu’à de trop nombreux programmes culturels. Nous avons également transféré aux communes les subventions des cantines des écoles puisque c’est de leur responsabilité. A ce rythme, je ne suis pas sûr que le transport scolaire reste gratuit encore très longtemps…

Ces coupes dans les subventions ne sont pas très “sociales”…
Je n’ai plus le choix, car je n’ai plus d’argent ! En France, 25 départements sont actuellement en cessation de paiement, au bord de la faillite. Cette situation nous oblige à couper dans les dépenses non obligatoires, malheureusement y compris dans les dépenses sociales. La conséquence est que nous, élus, nous portons atteinte à nos valeurs, a nos convictions et au contrat passé avec les électeurs. Cette perte de liberté signifie la fin de la décentralisation.

François Fillon a notamment déploré que les collectivités locales recrutent trop de fonctionnaires…
C’est incroyable ! je rappelle à Monsieur Fillon que sur les cinq dernières années, 90% des recrutements des collectivités locales sont dus aux transferts de compétences de l’Etat, comme les agents des collèges ou les anciens agents des DDE en charge de l’entretien des routes nationales transférées dans leur quasi totalité aux départements. L’Etat a fait des conseils généraux des quais de déchargement de ses compétences sans compensation financière.
Nicolas Sarkozy paiera très cher politiquement
la réforme de la taxe professionnelle

C’est pourquoi vous réclamez aujourd’hui 800.000 euros à l’Etat ?
C’est en effet la facture liée à la création de postes suite aux transferts de compétences de l’Etat sur un an. J’ai écrit au Premier ministre François Fillon en ce sens, demandant au gouvernement de répondre à ses obligations constitutionnelles. Suite à son refus, je l’ai traduit devant le Conseil d’Etat. En outre, j’ai décidé de ne plus faire de crédit à l’Etat : nous avons par exemple cessé de financer la construction de la dernière route nationale du département, le train de vie des centres d’information et d’orientation, le Centre départemental d’accès au droit, et nous ne payerons plus pour les dépenses de RSA non compensées par l’Etat.

Quelle est votre position sur la réforme de la taxe professionnelle ?
Cette réforme va mettre les collectivités locales en faillite dès 2010. Dans le projet de loi de finances adopté en commission à l’Assemblée, le cadeau de 8 milliards d’euros n’est compensé que de moitié. Soit un manque à gagner de 4 milliards. Les départements n’auront plus le pouvoir fiscal, ils ne pourront plus s’endetter. Ils devront donc encore plus réduire leurs dépenses sociales, malheureusement les plus nécessaires à la population. Cette réforme est un acte inconséquent, surtout en période de crise. Les présidents des groupes UMP de l’Assemblée nationale et du Sénat, M. M. Copé et Longuet, ont demandé à Nicolas Sarkozy de repousser cette réforme de la taxe professionnelle après 2010. Il s’y refuse. Je crois que son inconséquence est à la mesure de l’irresponsabilité et de la folie pure que représente cette reforme.. Mais il lui en cuira de s’en prendre a la liberté de nos provinces, il le paiera très cher politiquement.

Propos recueillis par Emilie Lévêque pour l’Expansion.com
Merci à Section du Parti socialiste de l'île de ré

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La disparition de la taxe professionnelle constitue-t-elle une bonne opération pour les entreprises ? « Pas forcément, répond Jean-Jacques Thomas. En privant les collectivités territoriales, et notamment les Communautés de communes assujetties à la TPU, qui assurent 73% de l'investissement public, le Gouvernement casse une décentralisation qui a fait ses preuves et privera les sociétés qui veulent investir de partenaires. En clair, les Conseils général et régional aident l'immobilier industriel, contribuant à la construction de bâtiments-relais. Ils soutiennent les artisans et si demain, ils ne peuvent plus intervenir, les entreprises se retrouveront seules pour faire face à leur développement ». Lors de la dernière séance du Conseil général, Yves Daudigny a également dénoncé « l'argumentation abusive et mal fondée sur le « mille feuille territorial », sur le coût de son action publique ainsi que le faux procès fait à la décentralisation et aux élus locaux ».

Pour le Président d'une Assemblée départementale menacée, « la suppression de la taxe professionnelle tendra à diminuer sinon à rompre le lien des territoires avec le secteur économique et elle aura pour conséquence inévitable, soit de reporter sur les ménages une part supplémentaire du financement des politiques territoriales, soit de les réduire en portant atteinte aux services publics de proximité ».

Considérant que la création du mandat de conseiller territorial aurait également pour conséquence, en particulier en zone rurale, d'éloigner les élus de leurs territoires, de créer une confusion entre les missions du département et de la région, elle ne permettra plus aux citoyens de se prononcer distinctement, par un vote, sur un projet d'action départementale et un projet régional.
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De même, pour Yves Daudigny, les projets de loi en préparation portent inéluctablement en eux l'effacement et la disparition des communes, la disparition du niveau départemental d'action publique et la fusion des Conseils généraux et régionaux ainsi que le changement de nature de l'action publique régionale.

Par trente-quatre voix pour, seulement cinq contre (les responsables UMP) et trois abstentions, le Conseil général de l'Aisne a donc affirmé son « attachement à la République décentralisée inscrite dans l'article 1er de la Constitution et au rôle fondamental dans notre démocratie des cinq cent mille élus locaux ». Il s'est également opposé au projet de création du mandat de conseiller territorial.

Très majoritairement, les Conseillers généraux ont donc demandé au Gouvernement le maintien d'une autonomie fiscale et financière des collectivités appuyée sur une péréquation entre les territoires, garantissant ainsi une liberté de gestion et d'initiatives des collectivités territoriales.

Enfin, au-delà des clivages politiques, face à l'aggravation des inégalités territoriales, les élus départementaux s'inquiètent de l'avenir des territoires ruraux face à la remise en cause de l'action publique de proximité.

Jean-Jacques Thomas


à lire : RÉSISTANCE ! par Jean-Jacques Thomas

Le PS se mobilise contre les attaques du gouvernement contre les collectivités locales qui agissent et protègent les Français.

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