Agriculture

Face à une crise qu’il qualifie lui-même « d’exceptionnelle », les mesures annoncées par le Président de la République ne s’attaquent pas aux causes réelles des difficultés de l’agriculture en France.

La crise actuelle de la filière agricole est une véritable crise de système liée aux politiques de dérégulation suivies par la France et l’Union Européenne. Sur ce sujet, M. Sarkozy s’est contenté de bonnes intentions.

Faute de réformes structurelles profondes qui garantissent des prix rémunérateurs, les déséquilibres actuels, qui ne permettent pas aux agriculteurs de vivre de leur travail, perdureront.

La future loi d’orientation sur l’agriculture, qui met en avant « une vision exportatrice d’une agriculture compétitive sur les marchés internationaux », est maintenue. C’est cette vision qui a conduit à la libéralisation des marchés agricoles, à la baisse des prix et à la crise actuelle. Il est au contraire urgent d’instaurer une agriculture dont la vocation première est de maintenir l’activité et d’assurer une production de qualité.

Présent à Poligny, le Président de la République aurait pu s’inspirer du modèle de production de la filière comté. Dans ce modèle, le prix du lait est régulé par un accord interprofessionnel et les quantités sont stables. Il a permis le maintien d’exploitations de taille moyenne qui permettent aux agricultures de vivre de leurs revenus.

Ce que demandent les agriculteurs, c’est avant tout de pouvoir vivre de leur travail. Il est plus que temps de dire stop au surendettement des exploitations, aux systèmes de production intensifs au détriment de l’environnement et de la santé des consommateurs et des salariés agricoles. Au lieu d’appeler à des regroupements entre exploitations, c’est un modèle reposant sur des exploitations plus autonomes, qui sont souvent les moins fragiles financièrement, qu’il faut instaurer. Sans un changement en profondeur du système libéral, changement auquel s’est toujours opposé M. Sarkozy, le monde agricole va subir une hécatombe sans précédent.

Le Parti socialiste appelle donc à un véritable changement de cap de l’agriculture dans le cadre d’une grande loi de modernisation agricole en faveur d’une gestion publique de l’offre agricole, d’une répartition territoriale équilibrée et d’un système de production moins intensif mais rentable. Le monde agricole n’est pas dupe, les solutions avancées par le Président de la République n’apporteront pas de réponse durable à la crise.

 

La situation de nombreuses filières agricoles est extrêmement préoccupante : les trésoreries des exploitations sont dans le rouge. Le secteur du lait est particulièrement en difficulté : 30 000 exploitations pourraient disparaître dans les prochains mois. Les mouvements désespérés organisés par les éleveurs laitiers témoignent de l’exaspération d’une très grande partie d’entre eux. Ils se sentent avec raison trahis et manipulés.

Le Parti socialiste dénonce avec force le double langage de la majorité et du ministre de l’agriculture. Monsieur Le Maire, dès sa prise de fonction, se déclarait favorable à la disparition des quotas laitiers. Les gesticulations actuelles du ministre et les quelques dizaines de millions d’euros distribués ont pour seul objectif de contenir la colère des agriculteurs les plus en difficulté

Et ceci tout en laissant avancer la dérégulation, qui va passer toute la profession au tamis : on jette les petits éléments, jugés peu compétitifs, pour ne conserver que les plus importants, susceptibles de s’adapter. La méthode est brutale, le résultat imparable. Cette crise correspond à une nouvelle étape d’un vaste mouvement programmé de restructuration de la production laitière en France et en Europe.

Le résultat, ce sera une filière laitière sinistrée, où ne subsisteront que quelques vastes « usines à lait » standardisées. Cette perspective est d’autant plus absurde au moment où il faudrait au contraire se donner les moyens de construire  l’agriculture écologique et durable qu’attendent les Français.

Il est temps d’agir et de changer de politique. Le Parti socialiste demande que des outils publics de gestion de l’offre soient restaurés pour assurer une production économiquement, socialement et territorialement équilibrée. Il faut que soit garanti un prix du lait rémunérateur, seul gage du maintien de la production laitière sur tout le territoire.


de Germinal PEIRO,
Secrétaire national à l’Agriculture

L’accord conclu à l’arraché le 3 juin au soir au sein de l’interprofession laitière est extrêmement décevant. Après trois semaines de mobilisation, les éleveurs ont été trahis.  Il ne fait aucun doute que le consensus obtenu hier soir n’avait qu’un seul but : il fallait sauver le soldat Barnier, à seulement quelques jours des élections européennes. L’accord aboutit à un prix de 280 € par tonne dans le meilleur des cas pour les producteurs. C’est un prix bien inférieur aux 300 € considérés comme le seuil minimum nécessaire pour rémunérer le travail des éleveurs. Avec un tel niveau de rémunération, l’avenir de bon nombre d’exploitations laitières est plus que jamais compromis.

Le Parti socialiste dénonce avec force les manipulations du ministre de l’agriculture. Michel Barnier se félicite avec culot d’avoir su remettre en route les discussions dans l’interprofession. C’est pourtant lui-même et ses amis politiques qui, au sein du gouvernement et selon la volonté de Nicolas Sarkozy, avaient l’an dernier fait voler en éclats les règles de l’interprofession laitière !

Le Parti socialiste appelle les éleveurs laitiers et tous les agriculteurs à rejeter massivement la majorité actuelle lors du vote du 7 juin, en sanctionnant le double langage et les orientations libérales de ce gouvernement. Les Socialistes, qui ont toujours défendu, sans exception, le principe de la régulation des marchés agricoles, seront les plus à même à défendre au Parlement européen la politique agricole commune dans les années à venir.


Germinal Peiro, Secrétaire national à l’agriculture

Un an après son "casse-toi pov' con", le chef de l'Etat a pris toutes les précautions pour être bien accueilli par le public, lors de sa venue ce samedi au Salon de l'agriculture. Pari réussi, mais pari forcé. Si sa visite s'est déroulée dans un climat chaleureux, tout avait été prévu pour.

La sécurité, d'abord. En plus des agents de sécurité élyséens qui guettaient dans les allées alentours, deux cordons de gardes du corps encadraient Nicolas Sarkozy et le long cortège présidentiel. Le premier autour de lui, et l'autre pour retenir les visiteurs et exposants qui n'étaient pas autorisés à s'approcher.

Les médias, ensuite. Entre les deux cordons, quelques journalistes dûment sélectionnés en possession d'un badge "Présidence de la République - Pool". Les seuls qui avaient droit de cité autour du chef de l'Etat. Les autres accréditations de presse ne permettaient à peine plus de s'approcher qu'un simple ticket d'entrée.

Pour beaucoup de journalistes, impossible d'entendre un seul mot de Nicolas Sarkozy. Surtout, un bon moyen d'éviter que ressurgisse une vidéo à la "Casse-toi pov' con", qui avait été filmée l'année dernière par une agence de pigistes, YouPress.

Les manifestations, enfin. "Attention à l'homme en anorak rouge avec des cheveux blancs et des tracts verts à droite du cortège", "éloignez le gros barbu qui s'approche devant en jean et pull bleus"... La sécurité du Président veille. Et lorsque certains osent dégainer une pancarte, ils sont écartés. On ne perturbe pas la visite du chef de l'Etat.


Des militants contre les agrocarburants "encagés" dehors

C'est ce qui est notamment arrivé au collectif "Les agrocarburants, ça nourrit pas son monde". En amont du passage du Président et du ministre de l'Agriculture, moins d'une dizaine de représentants de trois associations reconnues, Les Amis de la Terre, Terre Solidarité et Oxfam France, ont été "encagés" (c'est le terme utilisé par le service de sécurité présidentiel) à l'extérieur du Parc des expositions de Paris.

Leur crime: être déguisé en épi de maïs ou affublé d'un masque de Nicolas Sarkozy ou de Michel Barnier, voire même de brandir une affiche "Agrocarburants = danger"... Le tout, dans la bonne humeur. La sanction ne s'est pas fait attendre: contrôle d'identité puis expulsion, jusqu'à la fin de la visite du chef de l'Etat au salon. (Voir la vidéo)



"On espère qu'au moins une personne à l'Elysée lit Rue89, peut-être fera-t-elle passer nos revendications à Nicolas Sarkozy ou à Michel Barnier", s'amusait l'un des militants, après avoir été relâché. Voici donc ce que disait leur dangereux tract:

"Loin d'être la solution miracle pour compenser l'épuisement des réserves de pétrole et lutter contre le réchauffement climatique, les agrocarburants, produits à grande échelle dans les pays du Sud, aggravent la crise alimentaire en empiétant sur les cultures vivrières destinées à nourrir les populations locales.

Malgré ces dangers, les dirigeants français et européens ont décidé d'incorporer 10% d'agrocarburants dans nos réservoirs d'ici à 2015 en France et d'ici à 2020 dans toute l'Union européenne. Nous contestons cette mesure injuste qui a des conséquences dramatiques pour les populations les plus pauvres."

Des militants qui garderont un meilleur souvenir du Salon de l'automobile: "Au moins, là-bas, notre épi de maïs géant n'avait pas été enfermé dehors!"


Par Julien Martin | Rue89 |

http://www.rue89.com/




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