Politique

 "Ni claire ni juste." Après Edouard Balladur, qui avait utilement rappelé qu'il fallait "savoir qui doit dépenser quoi avant de savoir comment on le finance", et Alain Juppé, selon lequel, avec ce projet, "le gouvernement cherche la provocation", on sait désormais ce que pense Jean-Pierre Raffarin de la réforme de la taxe professionnelle voulue par l'Elysée.

Ainsi, trois des quatre derniers chefs de gouvernement issus du parti majoritaire (Dominique de Villepin ne s'est pas encore exprimé sur le sujet...) critiquent ouvertement et vertement un projet de réforme en cours.

On cherche vainement un précédent à cette situation dans l'histoire politique de notre pays. Leur accumulation même montre bien que ces critiques dépassent le simple cadre des chamailleries habituelles au sein d'un parti politique. Au contraire, elles sont le symptôme de l'inquiétude profonde qui s'est emparée de la très grande majorité des élus locaux depuis que la réforme de la taxe professionnelle a été annoncée.

Cette inquiétude est fondée. Pour s'en convaincre, il n'est qu'à écouter le ministre du budget, qui déclarait, lundi 2 novembre, que cette réforme était "faite pour les entreprises d'abord".

Comment exprimer plus clairement la philosophie qui guide la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, pour qui les collectivités locales sont et doivent rester "secondaires" ? L'important, pour l'exécutif, c'est d'alléger le plus possible la fiscalité des entreprises, y compris - c'est en cela que l'on peut véritablement parler de "cadeau" - de celles qui n'en ont aucun besoin, notamment parce qu'elles ne sont pas soumises à la concurrence internationale. Dans ce cadre, les collectivités ne peuvent être que des forces de résistance qu'il convient d'entraver et de stigmatiser, comme le montre, par exemple, le discours récurrent sur leurs dépenses.

La discussion du projet de réforme à l'Assemblée nationale en a d'ailleurs fourni un exemple éclatant puisqu'un amendement déposé par l'UMP et soutenu par le rapporteur général du budget, qui visait non pas à supprimer mais à diminuer légèrement le montant de la baisse d'impôt que constitue cette réforme, a été repoussé... par les députés UMP, sous la contrainte du gouvernement relayant la position du Medef !

M. Copé, qui a, en l'occurrence, pris le parti du gouvernement, a d'ailleurs bien montré à cette occasion que la "coproduction législative" dont il s'était fait le promoteur n'était qu'un jeu de rôles qui devait prendre fin dès lors qu'il s'agissait d'intérêts patronaux...

Aurait-on imaginé, il y a quelques années encore, qu'un gouvernement soutenu par des parlementaires du centre, issus de l'UDF et du CDS, authentiquement décentralisateurs, puisse décider de supprimer l'impôt économique local et de bouleverser l'architecture de la fiscalité locale aussi rapidement, sans vouloir prendre le temps de simuler l'impact de cette réforme sur les territoires et pire, sans vouloir d'abord définir les missions des collectivités à financer ? Assurément non.

Cet épisode illustre ainsi parfaitement à quel point la création, en 2002, de l'UMP, puis l'accession de Nicolas Sarkozy à sa tête ont conduit à la dissolution des anciennes sensibilités de l'UDF et du CDS dans un parti unique, où la logique jacobino-libérale, celle de Margaret Thatcher, a écrasé toutes les autres identités.

La suite du débat sur la taxe professionnelle sera donc révélatrice. Soit le gouvernement recule et il trahit sa promesse au Medef. Soit il persiste dans l'erreur et, ce faisant, il montre bien une fois pour toutes que la sensibilité centriste n'a plus de place que dans les livres d'histoire politique.

Jean-Pierre Balligand

Député de l'Aisne

Source: LE MONDE 


Nicolas Sarkozy veut gêner la gauche ; en réalité, il ébranle la cohésion nationale

 

 

A trop vouloir singer les Florentins de Machiavel, on oublie la ruse de la raison chère à Hegel. Cette vérité, le président de la République pourrait en faire la cruelle expérience avec le « vrai débat sur l’identité nationale » qu’il vient de relancer par l’entremise de son ministre de l’immigration. Il croit tendre un piège à la gauche. Pour peu que celle-ci parle et qu’elle parle juste, le retour de bâton pourrait lui être fatal.

Nicolas Sarkozy veut diviser la gauche ? Qu’il médite le précédent survenu de l’autre côté de l’Atlantique. Loin de refuser le débat sur les « valeurs américaines », Barack Obama s’est délibérément placé sur ce terrain pour montrer qu’il était le dépositaire de la promesse des Pères fondateurs, bafouée par G.W. Bush et les néoconservateurs.

Eric Besson veut fédérer la droite ? Il a encore à apprendre du camp qu’il a rallié. Tout le monde n’y accole pas nation et immigration ! Il existe une droite républicaine dans notre pays, qui n’a pas oublié Romain Gary, né Kacew en 1914 à Vilnius, compagnon de la Libération, diplomate, écrivain, qui affirmait au crépuscule de sa vie : « Je n’ai aucun problème d’identité. Je me sens insolemment français. »

L’UMP veut séduire l’extrême droite ? En 2007, son candidat l’a emporté parce qu’il a siphonné les voix du Front national, mais ces vases communicants électoraux avaient un prix : contre les bandes, « le Kärcher » ; contre l’individualisme, « la liquidation de Mai 68″ ; contre le monde interdépendant, « l’immigration choisie ». Deux ans et demi plus tard, alors qu’approchent les élections régionales, voilà que « la terre ne ment pas ». En pure perte : les « ultras » n’en ont jamais pour leur argent…

L’opération identité » téléguidée par l’Elysée ne met nullement le Parti socialiste dans l’embarras. Nous sommes le premier parti d’élus locaux du pays. De la mairie au monument aux morts en passant par l’école, nous montrons chaque jour notre attachement à la nation fédératrice, éducatrice, protectrice. Ont aussi été tirées les leçons des années de gouvernement et de ce qui coupa le PS de son ancrage populaire, ce technocratisme mâtiné d’élitisme qui n’évoquait l’histoire de France que pour demander pardon.

L’année du 150e anniversaire de la naissance de Jaurès, la gauche n’a aucun souci avec l’identité française. A nos yeux, elle signifie encore et toujours République. De Renan à Lavisse, la France s’est forgée contre une conception ethnico-nationale fondée sur des critères d’appartenance. Quand la « francitude » vire à l’étouffoir, comme avec la colonisation ou sous Vichy, notre pays éteint les Lumières et vit des nuits noires.

L’identité républicaine a plus de résonance encore avec la crise. Le chômage explose. La désindustrialisation fait des ravages. Les déficits publics s’accumulent. Pour nos concitoyens, le problème central, c’est la question sociale. Sur ce débat-là, le gouvernement reste discret ! Et pour cause : au lieu de réduire les inégalités, ses choix budgétaires et fiscaux les aggravent. Pire, il abîme les invariants qui, par-delà les conditions économiques et les alternances politiques, cimentaient la France : la séparation du politique et du religieux, une diplomatie singulière, une morale élémentaire qui ne faisait pas de l’argent la mesure de toute chose. Sur ce chemin républicain, nous vivons actuellement une dangereuse embardée.

L’identité de la France, au dedans comme du dehors, ce sont d’abord les droits de l’homme. Qu’en reste-t-il lorsque sont renvoyés des réfugiés dans un pays en guerre ? L’identité de la France, c’est la laïcité. Pourquoi la qualifier de « positive » : ne l’était-elle pas sans épithète ? Et à quoi rime la prétendue supériorité du prêtre sur l’instituteur « dans la transmission des valeurs » ?

L’identité de la France, c’est l’universalisme. Mais alors, pourquoi l’ethnocentrisme du discours de Dakar sur l’homme africain ou l’occidentalisme qui sous-tend le retour au sein du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ?

L’identité de la France, c’est l’égalité. Entre 2002 et 2009, 5 % des Français les plus aisés ont bénéficié des deux tiers des 30 milliards de baisses d’impôts. Quant à notre système de protection sociale, fondement du modèle français et amortisseur de crise de l’aveu même de ses contempteurs, il est attaqué de tous côtés : santé, retraites, accidents du travail, chômage, rien n’échappe au rasoir libéral.

Enfin, l’identité de la France, c’est la liberté qui consiste aussi à ne pas imposer ces grands principes à coups de matraque ou de règle. C’est par la force de son projet que la République, fille de la raison, veut l’adhésion de tous les Français. On n’impose pas une identité : on la construit.

Par le respect des personnes et des engagements. C’est probablement là que le sarkozysme pèche le plus.

Par calcul et tempérament, il divise au lieu de rassembler, comme si, pour faire nation, il fallait trier « le bon grain de l’ivraie », le « bon » jeune et le délinquant, la France qui « se lève tôt » et celle qui est exclue du marché du travail.

Par idéologie, il stoppe les moteurs de la cohésion nationale. Où sont le plan Marshall pour les banlieues, les crédits pour les associations des quartiers populaires, les dotations pérennes pour les collectivités locales, le soutien aux services publics, Poste, hôpital, police, justice, et à leurs agents ? Et l’école de l’égalité réelle, où est-elle, à l’heure de la ghettoïsation, de la fin de la carte scolaire, de la suppression par milliers de postes de professeurs ?

Décidément, dans ce « débat », le Parti socialiste n’a pas à avoir honte. Il est temps qu’il se dresse face aux tenants de l’identité Fouquet’s pour leur dire comme Jaurès aux démolisseurs d’il y a un siècle : « Puisque vous désertez la politique républicaine, c’est nous, socialistes, qui la ferons. »


Par Guillaume Bachelet, Secrétaire National du PS
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Martine Aubry: "Un pouvoir politicien, dans l'improvisation"

Martine Aubry attaque tous azimuts dans une interview exclusive au JDD. La patronne du PS veut conjurer vingt ans de néo-libéralisme, et fustige les coups de menton de Nicolas Sarkozy.
à lire dans :
http://aisne-ps.blogspot.com/2009/11/martine-aubry-un-pouvoir-politicien.html

Le Président de la République vient de prononcer une allocution en clôture de la 1ère réunion interministérielle enfin consacrée à l’outremer par son gouvernement, après deux ans et demi de mandat et trois ministres successifs. De ce point de vue, les Français d’outremer auront sans doute été édifiés d’entendre le chef de l’Etat leur annoncer que ses ministres devront désormais se « sentir concernés » par leurs problèmes.

Au fil d’un discours décousu et misérabiliste à l’égard d’un outremer caricaturé à l’envi, d’anecdotes de comptoir en plaisanteries douteuses, ce discours a une apparence : la vacuité des mesures évoquées. Il est ainsi pathétique que Nicolas Sarkozy évoque comme une innovation de son cru le fait pour les élus d’outremer d’exercer des responsabilités en matière de représentation diplomatique régionale quand cette possibilité - qu’ils exercent déjà - leur a été ouverte par la loi du 13 décembre 2000 !

Mais par-delà son emphase habituelle, le discours du Président de la République revêt une réalité plus choquante encore. Les seules annonces concrètes qu’il contient traduisent une reconcentration des pouvoirs sur fonds de désengagement financier de l’Etat.

Il est ainsi sans précédent qu’un Président de la République réserve aux seules collectivités d’outremer « la possibilité pour l’Etat de se substituer à elles » dans des domaines (santé, environnement, etc.) où ledit Etat déciderait qu’elles seraient défaillantes. Dans le même sens, il est significatif que la « relation rénovée entre la métropole et l’outremer » qu’appelle de ses vœux N. Sarkozy passe par la nomination de « commissaires au développement endogène » ici, de « sous-préfets à la cohésion sociale », ailleurs, sans préjudice de différents comités Théodule et autres, le tout placé sous l’autorité des préfets. S’agissant du développement économique, le “Plan Sarkozy” ne contenant aucune mesure digne de ce nom, son absence de chiffrage tombe sous le sens. Il est à cet égard révélateur que N. Sarkozy ait pu évoquer « la garantie du niveau des moyens budgétaires de l’Etat sur cinq ans » pour le logement social après les avoir réduits drastiquement depuis 2007, et au lendemain de l’adoption par sa majorité d’un budget où la dette de l’Etat outremer auprès des organismes de sécurité sociale dépassera en 2010 les 660 millions d’euros.

Cette approche est pleinement dans la logique des annonces déjà faites par N. Sarkozy en janvier dernier, lorsqu’il avertissait les élus d’outremer que - contrairement aux principes essentiels de la décentralisation - « les compétences dévolues aux autorités locales devront être financées par des ressources locales. »

Au final, et une fois n’est pas coutume, il se pourrait en effet que le discours de N. Sarkozy fasse date tant son indigence frise l’indécence. Au lieu de le citer, N. Sarkozy ferait bien de lire Félix Eboué. Car si pour ce dernier, « Jouer le jeu », c’était « piétiner les préjugés, tous les préjugés, et apprendre à baser l’échelle des valeurs sur les critères de l’esprit », ce soir pour l’outremer, on est très loin du compte.

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