Economie

Les chiffres du PIB publiés aujourd’hui révèlent une variation de +0,3%, variation de même ordre que celle du second trimestre.

Comme pour le deuxième trimestre, ce chiffre s’explique par la hausse des exportations (+2,3%), tirées par les plans de relance étrangers et la reprise dans certains grands pays. Par contre, la consommation stagne (0% de variation) et l’investissement des entreprises continue de reculer (-0.7%). Comme pour le second trimestre, sans la croissance des exportations, le PIB reculerait.

La reprise est loin d’être là. La croissance sur l’ensemble de l’année 2009 sera très largement négative, certainement en dessous des -2%. La production industrielle a de nouveau reculé en septembre (-1,5%) et les indicateurs de conjoncture restent dans le rouge.

Surtout, la situation de l’emploi continue de se dégrader. Il faudrait au moins 2% de croissance pour notre économie recommence à créer des emplois. Le taux de chômage dépassera la barre des 10% avant la fin de l’année et continuera d’augmenter en 2011.

Le Parti socialiste exprime son inquiétude face à ces chiffres. Les conditions d’une reprise solide ne sont pas réunies. Le plan de relance du gouvernement s’est avéré incapable de redynamiser les moteurs de la croissance interne, qui continue au contraire de reculer. La consommation risque de se tasser en 2010 à la suite de l’augmentation du chômage et de la désinflation.

Cette perspective n’est pas acceptable. Le gouvernement doit réagir.

Le soutien à l’activité reste profondément nécessaire, ce qui demande un véritable plan de relance pour que la France ne retombe pas dans une récession qui menace pour 2010. C’est aussi maintenant qu’il faut faire preuve de volontarisme pour mettre en place les régulations nécessaires au niveau français, européen et mondial. La régulation est absolument nécessaire pour éviter que les causes de la crise – course déraisonnée au profit à court terme, désindustrialisation, hausse des inégalités, bulles financières – ne perdurent.

C’est pourquoi le Parti socialiste appelle le gouvernement à amplifier le soutien à l’activité économique, à l’emploi, au pouvoir d’achat et au-delà des mots à agir enfin pour qu’une régulation du système financier et économique français, européen et mondial puisse voir le jour.


Michel Sapin,

Madame la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, tout le monde était d’accord : la taxe professionnelle devait être réformée pour alléger la charge qui pesait sur l’industrie. Il fallait mieux répartir le poids de cet impôt local entre les différents secteurs économiques pour que l’industrie cesse de payer à la place des autres. La commission des finances avait élaboré et voté une réforme consensuelle qui allait dans ce sens.

Ce n’est pas la direction que vous avez prise. Cédant à un lobbying scandaleux du MEDEF, qui a instrumentalisé les petites entreprises, vous avez contraint votre propre majorité à voter contre un amendement qu’elle avait elle-même déposée.

Vous avez ainsi fait le choix d’une baisse d’impôts pour toutes les entreprises, y compris pour celles qui, dans les services, par exemple, n’en ont aucun besoin.

Votre réforme étant déséquilibrée, la conséquence de cette opération est claire : vous allez asphyxier financièrement les collectivités et paralyser leur action. En particulier, celles-ci ne pourront plus investir comme aujourd’hui, puisqu’elles n’auront plus la sécurité financière que leur garantissait un véritable impôt économique local. Elles seront ainsi de plus en plus dépendantes des concours financiers de l’État.

Surtout, et nos concitoyens en sont bien conscients, cet allégement, qui coûtera 4 à 5 milliards d’euros aux finances publiques chaque année, creuse la dette publique, que les ménages devront rembourser.

Voilà pourquoi, même si nous étions d’accord pour réformer la taxe professionnelle, nous ne pouvons accepter votre réforme, qui entamera tôt ou tard le pouvoir d’achat de nos concitoyens.

Ma question est donc simple, madame la ministre : allez-vous continuer à accepter les diktats du MEDEF, au détriment de nos collectivités et de nos concitoyens ?

Jean-Pierre Balligand
Député de l'Aisne

Il aura suffi que quelques présidents de club sifflent le secrétaire général de l’UMP pour qu’il s’exécute.

Le gouvernement a décidé de suivre la proposition des socialistes de supprimer la niche fiscale dont bénéficient les plus hauts revenus du sport professionnel. Certes, l’économie n’est pas colossale pour le budget de l’Etat, mais elle relève de la justice fiscale élémentaire dans une cette période de crise.

Cette mesure a suscité un tollé notamment chez les grands argentiers du football professionnel, qui ont immédiatement enregistré le soutien de Xavier Bertrand contre la décision du gouvernement.

Outre que ce dossier souligne à nouveau la cacophonie gouvernementale et les divisions dans la majorité présidentielle, la docilité du secrétaire général de l’UMP aux oukases du milieu riche et influent de quelques présidents de club professionnels est frappante.

Plus tôt dans la semaine, des syndicalistes, des responsables politiques, des inspecteurs du travail ont lancé une pétition pour alerter la population mais aussi le gouvernement sur l’injustice insupportable d’une imposition des indemnités d’accident du travail. Silence à l’UMP. Pire, on y affirme qu’il faut que tout le monde paie, même ceux qui reçoivent une indemnité en réparation du préjudice subi dans le cadre de leur travail.
La hiérarchisation des indignations de Xavier Bertrand est consternante.


de Benoit HAMON, Porte parole du Parti socialiste

L’examen du projet de loi de finances 2010 s’est ouvert, mardi 20 octobre, à l’Assemblée. Derrière les apparences d’une relance keynésienne, les choix budgétaires témoignent surtout de la foi libérale du gouvernement : les prélèvements fiscaux doivent baisser coûte que coûte, surtout pour les plus riches, au prétexte qu’ils freinent le dynamisme du marché.

Le projet de loi de Finances 2010 est un formidable révélateur. De la part des commentateurs, d’abord : ce n’est plus la crise qui leur importe, ils l’ont enterrée, c’est – à nouveau – le déficit public. Mais il est surtout révélateur d’un choix de société fait par le gouvernement.

Du côté des commentateurs, l’accent est mis sur les 141 milliards d’euros de déficit de l’Etat. Ajoutés au déficit prévisionnel des organismes sociaux, ils devraient amener le déficit public total à franchir la barre des 160 milliards d’euros, soit 8,2 % du produit industriel brut (PIB). La faute à la crise disent les commentateurs, crise qui a réduit comme peau de chagrin les recettes fiscales (– 53 milliards d’euros) et amené à injecter des montants élevés au titre du plan relance (+ 15 milliards). En 2010, le déficit de l’Etat devrait être ramené à 116 milliards, mais il faudrait y ajouter le coût du grand emprunt et le déficit des organismes sociaux, estimés aux alentours de 48 milliards d’euros. Si bien que l’ensemble du déficit public l’année prochaine pourrait atteindre… 170 milliards d’euros. Un chiffre qui donne le vertige et qui inquiète, soulignent les commentateurs.

De tels commentaires ne sont pas faux, mais ils oublient suffisamment d’éléments pour présenter une appréciation faussée de la réalité. Le creusement des déficits est, pour partie, le prix à payer collectivement pour empêcher que l’économie ne plonge dans une spirale dépressive. Il s’agit donc d’une sorte d’investissement collectif qui, comme tout investissement collectif, devrait être financé par des prélèvements reposant sur tout le monde, et plus particulièrement sur les plus favorisés : non seulement parce qu’ils ont davantage de moyens que les autres, mais aussi parce que c’est surtout au sein de ces groupes que s’est développée la cupidité en faveur de placements financiers qui – au niveau mondial, et pas seulement français, évidemment – sont à l’origine de la crise actuelle. La moralité autant que la justice sociale exigeraient donc que ces couches sociales soient, plus que les autres, mises à contribution. Or elles ne le seront pas, protégées comme elles sont par le bouclier fiscal qui limite les prélèvements à la moitié du revenu des plus favorisés, par les niches fiscales qui continuent de proliférer et par la quasi-suppression des droits de successions [1] .

Pis : le gouvernement se vante de réduire les prélèvements obligatoires, en baisse de deux points en 2009 par rapport à 2008 et qui devraient demeurer stables (à 40,7 %) en 2010). Cela pourrait se comprendre s’il s’agissait d’une baisse conjoncturelle pour empêcher que le pays s’enfonce dans la dépression. Mais il ne s’agit pas de cela : la suppression de la taxe professionnelle (11,6 milliards de moins pour les finances publiques en 2010, 7 milliards de moins ensuite), la baisse de TVA dans la restauration (– 3,5 milliards en année pleine, conservés aux trois quarts par les entreprises concernées), les exonérations de cotisations sociales et d’impôts sur les heures supplémentaires pour un coût public de l’ordre de 4 milliards d’euros (malgré la crise, les heures sup’ n’ont diminué que de 10 % en un an, alors que l’emploi intérimaire diminuait de 35 % et les embauches en CDD de plus de 20 % : il est donc clair qu’il y a substitution entre ces formes d’emploi), les avantages fiscaux croissants en faveur des employeurs de personnes à domicile. Au total, les baisses d’impôts et de cotisations sociales remboursées par l’Etat mises en œuvre en 2009 et 2010 représenteront chaque année une quarantaine de milliards, dont les trois quarts au bénéfice de certaines entreprises et des couches sociales favorisées.

Il est donc pour le moins étonnant de voir la discussion se focaliser sur la taxe carbone (2,5 milliards d’euros, dont la moitié sera reversée aux ménages) alors que l’ensemble de la collectivité est appelée à s’endetter lourdement pour réduire la fiscalité de personnes ou d’organismes qui, dans l’ensemble, ne sont pas vraiment à plaindre.

Ce projet de Loi de Finances utilise la crise pour accentuer des réductions fiscales à destination des milieux qui ont le moins souffert. Le déficit se creuse moins pour relancer l’économie que pour réduire des prélèvements perçus comme excessifs et prédateurs. Par-delà le retour apparent du keynésianisme (le creusement des déficits publics), on retrouve l’idéologie libérale de fond, laquelle demeure le credo du chef de l’Etat : les prélèvements fiscaux et sociaux freinent l’économie et le dynamisme des acteurs. Il nous refait pour ainsi dire le coup de Reagan en 1981 : une baisse pharamineuse d’impôts au profit des classes aisées, camouflée en un soutien keynésien à une économie alors en plein ralentissement. Quitte à ce que, comme dans le cas de Reagan, les déficits publics creusés par ces politiques libérales handicapent le présent des moins favorisés et le futur de tous.


Denis Clerc pour Alternatives économiques

merci à Section du Parti socialiste de l'île de ré

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