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La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog des socialistes de GAUCHY Aisne


Présidence française de l’UE: la douche du président tourne à l’affaire d’Etat!

Publié par jean luc sur 31 Octobre 2009, 17:52pm

Catégories : #Politique

Piqué au vif, le gouvernement a enfin réagi, mercredi 28 octobre, aux critiques de la Cour des comptes sur la très chère présidence française de l’Union européenne, formulées dans un rapport remis à la commission des finances du Sénat et dévoilé par Mediapart. Alors que l’institution financière souligne «le coût parfois élevé des opérations» (menées du 1er juillet au 31 décembre 2008), leur «utilité publique variable», et le caractère «parfois dérogatoire, voire irrégulier, des procédures suivies», le ministre du budget, Eric Woerth, a répliqué sur RMC: «On n’a pas à rougir!», assumant les 170 millions d’euros déboursés en six mois – environ un million par jour.

Si l’exécutif a été contraint de réagir, c’est que l’opposition s’est emparée mercredi du sujet. Tout en admettant que «la France doit s’affirmer» et «que cela coûte de l’argent», le député socialiste Pierre Moscovici a déclaré: «Le budget de la présidence française de l’UE était beaucoup trop élevé.» «Un million d’euros par jour, cela n’a pas grand sens, a ajouté l’ancien ministre délégué aux affaires européennes de Lionel Jospin. Cette présidence s’annonçait comme un Sarko-show; c’est ce qui s’est passé. Les Français paient pour le Sarkoshow.»

René Dosière (apparenté socialiste), qui s’est fait une spécialité de décortiquer le budget de l’Elysée, s’est également indigné «de tels gaspillages», insistant sur les 16,6 millions d’euros dépensés pour le sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) du 13 juillet 2008, qui avait nécessité un aménagement faramineux du Grand Palais (91.000 euros de moquette, 650.000 euros de climatisation, etc.).

Revoir la facture de cette manifestation:




























Le coût du dîner offert aux 43 chefs d’Etat étrangers (venus avec leurs invités) lui est resté en travers de la gorge: «1.010.256 euros, soit 5.050 euros par personne!», a-t-il calculé. «Alors que tous les Français doivent se serrer la ceinture, apprendre que le chef de l’Etat organise, avec l’argent des Français, un repas qui coûte 5 fois le Smic par personne, c’est inimaginable et intolérable! On se dit que le président de la République a perdu pied avec la réalité. Il doit arrêter de dépenser sans compter.»

Au fond, la gauche répète avec des mots plus durs ce que le centriste Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat (membre de la majorité), avait exprimé en termes plus policés dès sa réception du rapport: «Toutes [les manifestations] n’étaient pas indispensables», avait-il glissé, jugeant que certaines d’entre elles (à l’image de la réunion de lancement de l’UPM) avaient «entraîné des dépenses importantes», sans que leur nombre ait «contribué au succès de la France, qui se juge sur deux ou trois événements, comme la gestion de la crise ou de la guerre en Géorgie»…

Mercredi, même Jérôme Chartier (député UMP) semblait gêné: «L’exemple doit venir tant de l’exécutif que du Parlement», a-t-il soufflé à l’AFP, dans les couloirs de l’Assemblée. «En période de crise, on doit faire attention aux dépenses», a aussi relayé Maurice Leroy, son collègue du Nouveau centre…

Devant cette avalanche de critiques, le gouvernement et l’UMP ont donc tenté de réfuter toute largesse – sans convaincre. Voici un décryptage, point par point, de leurs réponses.

1. Eric Woerth: «Ça a coûté moins cher que prévu.»
Ce sont effectivement 190 millions d’euros qui avaient été budgétés à l’avance et votés par le Parlement. La Cour des comptes en convient, mais ne retient pas l’argument: pour elle, ces estimations avaient «moins résulté d’un processus d’évaluation budgétaire classique, que d’une estimation large». Le rapport parle de «prévisions confortables». En clair: l’exécutif a pris soin de sur-évaluer ses charges futures, pour se laisser une marge et la possibilité d’annoncer, in fine, des «économies». Comme si Matignon avait anticipé la polémique…

La Cour précise, de toutes façons, que la facture finale «n’intègre pas les dépenses (…) tenant à la sécurité et aux renforts des différentes administrations en personnel».

2. Frédéric Lefebvre: «Les six mois ont été particulièrement chargés en rencontres, dues notamment à la crise financière ou à la crise en Géorgie.»

Les six mois de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UE – c’est vrai – ont été riches en événements imprévus. Mais regardons précisément les chiffres: le voyage de Nicolas Sarkozy à Tbilissi, monté en urgence en août 2008, a coûté 21.000 euros; celui à Moscou, 37.000 euros. C’est bien moins que le prix de la moquette disposée sur le rez-de-chaussée du Grand Palais, pour la réunion de l’UPM si chère à Nicolas Sarkozy – retirée aussitôt le clap de fin.
De même, le Conseil européen extraordinaire sur la Géorgie, convoqué le 1er septembre 2008, n’a plombé le budget français «que» de 870.000 euros, un montant inférieur au coût de la climatisation du Grand Palais (associée au plancher permettant de faire passer la tuyauterie).
Au final, on peut se demander combien d’allers-retours supplémentaires à Tbilissi Nicolas Sarkozy aurait pu faire, s’il avait économisé le prix des jardinières et des «monolithes» dispersés au Grand Palais. Le calcul est vite fait: neuf, pile!

Enfin, si l’on veut pinailler, il faut préciser ceci: la France a certes été «handicapée» par de coûteuses urgences, mais elle a bénéficié, à l’inverse, d’un avantage de départ indéniable sur le plan financier: avec le système de présidence tournante de l’Union, Nicolas Sarkozy avait «écopé» d’un semestre «light» (le second de l’année 2008), qui courait sur la période des vacances d’été, peu propice aux manifestations et sommets. À l’époque, les diplomates français l’avaient d’ailleurs regretté, pestant contre cette mauvaise pioche qui raccourcissait leur fenêtre de tir…
Ce «détail» permet de relativiser la comparaison avec la présidence allemande, à laquelle Frédéric Lefebvre se raccroche pour justifier les dépenses françaises: si Berlin a déboursé à peu près autant que Paris (180 millions exactement), Angela Merkel avait quant à elle hérité du premier semestre de l’année 2007 – soit des mois traditionnellement plus chargés, donc plus «chers».

3. Le porte-parole du Quai d’Orsay, au sujet des 16,6 millions dépensés pour le sommet de l’UPM: «Faute d’infrastructure dédiée dans la capitale, nous avons dû (…) aménager, de manière ponctuelle et provisoire, un site d’accueil, le Grand PalaisLa Cour des comptes reconnaît que Paris manque d’un centre de conférence d’envergure, susceptible d’accueillir une brochette de chefs d’Etat étrangers. Mais la France, elle, n’en manque pas. Il suffit ainsi de rappeler que le sommet de l’OTAN d’avril 2009 avait été organisé à Strasbourg, en plein centre-ville. Pourquoi s’être obstiné à planter le décor de la réunion du 13 juillet dans la capitale, sinon pour le prestige?

4. Frédéric Lefebvre, sur le dîner offert ce soir-là: «Aucun repas n’a coûté plus de 5 000 euros par personne.»
Le porte-parole de l’UMP jouerait-il sur les mots? Si le contenu des assiettes de chacun des convives ne valait pas 5.000 euros (plutôt 310, sans compter l’apéritif ni le cocktail), le prix des aménagements et services liés à ce «banquet» (tables, personnels, etc.) avoisine le million d’euros.
La Cour a sorti son boulier et livre le résultat final dans son rapport, noir sur blanc: «5.362 euros par invité».

5. Eric Woerth, en réaction aux déclarations du socialiste René Dosière, qui a parlé d’une douche à 250.000€, installée pour Nicolas Sarkozy au Grand Palais: «Ce serait scandaleux si c’était vrai, mais c’est faux!»
De fait, comme l’avait indiqué Mediapart, ce n’est pas la douche – à elle seule – qui valait 245.000 euros, mais bien l’ensemble des salons mis à disposition du chef de l’Etat français et des «salles d’entretien bilatéraux». L’élu a fait un raccourci.
Reste que cette douche apparaît bien luxueuse, sur les photos récupérées par Mediapart: siège rétractable, radio FM, jets multifonctions…
Etait-ce indispensable, en marge d’une réunion qui n’a finalement duré que quelques heures? «Surtout qu’elle n’a pas servi, témoigne un ouvrier qui a travaillé sur le chantier d’aménagement du Grand Palais. Lors de son démontage, il n’y avait guère de doute.»


Mathilde Mathieu pour Mediapart

merci à Section du Parti socialiste de l'île de ré

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