La lettre de Jaurès
Nous annoncions le 27 juin dernier le retour de la télé d’Etat. France 2 vient de nous en offrir
coup sur coup deux exemples navrants. D’abord bien sûr le documentaire ultra complaisant diffusé hier soir sur Carla Bruni-Sarkozy, sous le titre de Quelqu’un m’a léché le cul dit. Mais on pouvait aussi bien décider de ne pas regarder ce qui s’annonçait comme une hagiographie de l’épouse du président, qui se
dit "épidermiquement de gauche" mais s’est mariée avec le pire des réactionnaires, qui n’a de cesse de draguer l’électeur d’extrême droite avec ses quotas d’immigrés expulsés et sa
politique pénale ultra-répressive, sans compter le démantèlement du service public avec le non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux : "épidermiquement de
gauche", vraiment, madame Tartuffe ? Rappelons alors ce que notre ami le docteur Lehmann nous avait fait remarquer Ã
l’époque de cette déclaration de la Bruni dans Libération : l’épiderme n’est que la couche superficielle de la peau ! Boycotter donc ce documentaire dégoulinant, ne
serait-ce que pour éviter, un lendemain de réveillon, de souiller le salon de vomissures.
Mais plus gênante encore est une scandaleuse atteinte à la déontologie
journalistique perpétrée au cœur du journal télévisé : dans l’édition du 29 décembre, France 2 donne la parole au professeur Philippe Juvin, à propos du décès d’un patient six
heures après sa prise en charge par le SMUR, pour cause d’insuffisance de place dans les hôpitaux de la région parisienne. Doit-on, comme le docteur Patrice Pelloux (Association des
médecins urgentistes de France), s’indigner de ce que la marchandisation de la santé pousse les établissements à rogner sur les postes de remplaçants des praticiens en vacances, afin de ne
pas augmenter leur déficit, l’équilibre financier devant primer sur l’efficacité de la prise en charge des malades ? Pour Juvin, là n’est pas du tout la question : il insinue en
passant que le patient serait peut-être mort même s’il avait trouvé un lit d’hôpital et pointe un défaut d’organisation, en niant totalement qu’il puisse exister un problème de moyens. Il
conclut en vantant la future loi Bachelot qui, d’après lui, corrigera le mal. Qui est ce fan de la politique menée par la ministre de la Santé ? Le chef du service des Urgences Ã
l’hôpital Beaujon de Clichy, comme nous
l’enseigne le bandeau du bas de l’écran au début de son intervention. L’homme doit donc savoir de quoi il
parle, pensent sans doute des millions de télespectateurs. Or ce qu’omet de préciser France 2, c’est que Juvin, avec son écharpe d’élu aux côtés de sa ministre chérie sur la photo
ci-contre, est aussi maire de la Garenne-Colombe, vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine, suppléant du député de la 3e circonscription du
département et secrétaire national de l’UMP. Un "détail" qui change sacrément la perception que l’on peut avoir de son discours, qui est en fait celui d’un militant sarkoziste pur
jus. Honte à France 2 de l’avoir seulement présenté comme chef des Urgences de Clichy !
PS : merci à Grand-Père Marcel, qui nous a signalé la manipulation, et à Lutopick, créateur du logo Office de Radio-Télévision Sarkoziste.
Par Olivier Bonnet
dans Plume de presse
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