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La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog des socialistes de GAUCHY Aisne


Economie : Entretien dans Les Échos avec François Hollande

Publié par jean luc sur 22 Octobre 2008, 15:37pm

Catégories : #Economie

Entretien dans Les Échos : “La limitation des parachutes dorés est une goutte d’eau dans l’océan des dérives”

Les Etats-Unis ont accepté la tenue d'un sommet sur le système financier mondial ; aujourd'hui se tient une réunion sur les paradis fiscaux. Le PS en a rêvé, Sarkozy l'a fait ?

C'est plutôt Nicolas Sarkozy qui est dans le rêve ! Croire qu'en rassemblant, autour d'un George W. Bush finissant, des chefs de gouvernements bousculés par la crise, on peut accoucher d'un nouveau système financier international est une illusion. C'est trop tôt. Il aurait fallu attendre que le nouveau président américain soit en fonction pour espérer une nouvelle orientation de l'administration américaine et voir se traduire les décisions en actes. Quant à la lutte contre les paradis fiscaux, c'est une prise de conscience heureuse à l'occasion de la crise, mais n'oublions pas que la France peut d'ores et déjà montrer l'exemple en revoyant les conventions qui la lient à Monaco, notamment sur l'imposition des personnes physiques. Elle peut aussi faire pression sur le gouvernement luxembourgeois en matière d'harmonisation de la fiscalité sur les revenus du capital.

La crise financière vous semble- t-elle enrayée ?

Les Etats, comme les banques centrales, ont dégagé des liquidités suffisantes pour éteindre les incendies bancaires. Mais il faut rester prudent: les fragilités demeurent et les produits « toxiques » continuent de circuler. Il y a un mois, Mme Lagarde, imprudemment, déclarait que le « gros de la crise était derrière nous ». On sait ce qu'il en est advenu. Les retards de l'exécutif dans la reconnaissance et la gestion de la crise ont coûté suffisamment cher pour que l'on évite toute rechute dans la naïveté. La crise financière est enrayée, mais elle est enkystée.

Les contreparties demandées aux banques sont-elles suffisantes ?

Non. C'est pourquoi j'ai proposé de renforcer le contrôle de l'Etat par la présence d'un de ses représentants au conseil d'administration des banques qui demandent la garantie publique. De même, si une participation de l'Etat est décidée dans une banque, j'ai demandé le versement d'un dividende prioritaire à l'actionnaire public en cas de retour à bonne fortune. Enfin, je ne suis pas favorable à ce que soient cédées trop vite les participations au capital des banques. Le gouvernement ne peut se comporter comme un banal gestionnaire d'actifs : il ne peut être question de vendre avant d'avoir engagé une véritable régulation du système financier.

Pourrait-on envisager que cette participation soit pérenne ?

Il n'est pas question de nationaliser l'ensemble des banques françaises, c'est un modèle que nous avons éprouvé. Faisons mieux avec ce que l'on a déjà. Nous avons déjà une banque publique, La Banque Postale : renforçons-la et, surtout, ne la privatisons pas. Nous avons la Caisse des Dépôts : faisons-en vraiment l'instrument financier de la France.

Ségolène Royal veut interdire de profession bancaire ceux qui ont fauté...

Qu'il faille être sévère à l'égard de ceux qui ont mal fait leur métier, c'est une évidence. Mais il faut aller plus loin, et s'attaquer aux rémunérations des dirigeants d'entreprise. La limitation conventionnelle des parachutes dorés qui vient d'être décidée est une goutte d'eau dans l'océan des excès et des dérives. L'Allemagne peut servir d'exemple même si le plafond de 500.000 euros annuel qu'elle vient d'instaurer est déjà énorme. Je pense que les partenaires sociaux peuvent prévoir un écart maximal entre la rémunération la plus basse et la plus haute. Et s'ils n'y parviennent pas, légiférons. Il est impensable que certains touchent en un jour ce que d'autres gagnent en un an. Il faut aussi avancer sur deux points. La transparence d'abord : je demande à connaître la rémunération de tous les dirigeants des banques aujourd'hui. Et puis la fiscalisation.

Vous parlez du bouclier fiscal ?

Oui, car il faut bien voir que cette mesure se traduit par la sanctuarisation des plus hauts revenus. Ils sont les seuls citoyens à être aujourd'hui certains de ne pas payer plus d'impôts d'ici à la fin de la législature. Les autres sont exposés à tous les risques de hausse des prélèvements.

Le PS s'est abstenu sur le plan de sauvetage des banques. Pouvez-vous vous permettre de telles positions « mi-chèvre mi-chou » ?

Nous votons à la fois sur un texte et sur une politique. Le plan de sauvetage des banques était nécessaire, mais en multipliant leurs appels à l'unité nationale, Nicolas Sarkozy et François Fillon nous demandaient en fait de donner quitus à leur politique économique faite de déréglementation et d'aveuglement. Ce serait incroyable qu'en votant pour le pompier, on absolve aussi le pyromane. L'abstention était un choix de responsabilité.

Etes-vous inquiet pour l'économie française ?

Oui. Tout laisse à penser que la récession amorcée avant l'aggravation de la crise financière est profondément installée pour 2009, mais aussi, si rien n'est fait, pour 2010. Avec son lot de destructions d'emplois, de faillites d'entreprise, de perte de pouvoir d'achat et d'augmentation de l'endettement public. C'est pourquoi la discussion sur le budget 2009 a un caractère surréaliste. Toutes les hypothèses sur lesquelles il est bâti sont caduques, qu'il s'agisse de la croissance - elle sera de zéro -, de la consommation, qui - au mieux - stagnera, ou de l'investissement. Pis, Eric Woerth accepte cette impasse : il reconnaît que toutes les erreurs de prévisions passeront dans l'augmentation des déficits.

N'est-ce pas inévitable ?

J'accuse le gouvernement de creuser les déficits sans le moindre effet de relance sur l'activité économique : c'est le déficit passif. Alors qu'il faudrait, pour lutter contre la récession, un déficit actif : relever les crédits octroyés à la recherche comme au logement et stimuler l'investissement des entreprises par une modulation de l'impôt sur les sociétés... On créerait ainsi de la croissance, donc des recettes fiscales, et on remettrait en cause le paquet fiscal, dont une partie pourrait servir au désendettement. Au lieu de cela, nous nous dirigeons allègrement vers un déficit public de 3,5 % à 4 % du PIB. Le gouvernement poursuit sa philosophie du « laisser-faire ». C'est la politique du chien crevé du déficit au fil de l'eau de la récession.

La hausse des impôts locaux annoncée, notamment à Paris, ne sera-t-elle pas dommageable pour le pouvoir d'achat ?

Il faut résister au maximum à cette tentation. En Corrèze, je n'augmenterai pas les impôts. Mais la pression est énorme, vu le désengagement de l'Etat. Il vient un moment, et c'est le cas de Bertrand Delanoë à Paris, où on ne peut pas faire autrement.

Qu'attendez-vous du plan pour l'emploi présenté jeudi ?

Je veux croire qu'il y aura une relance des emplois aidés et que le gouvernement ne se contentera pas de poursuivre la déréglementation du marché du travail avec l'ouverture des magasins le dimanche. Ce genre de mesure prouve que la conversion de Nicolas Sarkozy à la régulation n'est qu'un concours de circonstances et ne correspond qu'à une vision partielle du capitalisme. La droite a perdu la bataille idéologique sur le libéralisme. Son erreur, c'est de croire que seul le capitalisme financier est la cause de la crise. Ce qui est vrai du capitalisme financier l'est aussi du capitalisme dans toutes ses dimensions.

Vous devenez anticapitaliste ?

Non, tout simplement socialiste. Le capitalisme crée de la richesse, mais génère, par ses excès, des crises dont la récurrence est de plus en plus rapprochée depuis vingt ans. Le modèle social-démocrate revient en force, celui-là même qui faisait ricaner les libéraux sectaires et les anticapitalistes primaires.

Chaque fois que le PS prend position, son message est brouillé par des voix discordantes. Pourquoi cela changerait-il après le congrès de Reims?

Les militants socialistes seront les régulateurs du congrès. Qu'ils regardent le contenu des motions et qui les signent. Que soient soutenus ceux qui ont une vision cohérente du parti et que soient pénalisés ceux qui créent de la discordance. La rénovation, ce n'est pas l'individualisme et l'opportunisme. C'est le respect et le changement. Je me suis engagé sur une motion où cette attitude est la règle.

http://www.francoishollande.fr/

http://www.lesechos.fr/


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