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La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog des socialistes de GAUCHY Aisne


Antoine di Zazzo ou l’étrange parcours du “M. Taser” français

Publié par jean luc sur 21 Octobre 2008, 07:51am

Catégories : #Justice-Sécurité

Embouteillage au Palais de justice: les procès Taser se succèdent, de celui d’Olivier Besancenot, dont l’audience commence lundi, à celui d’Amnesty en passant par celui du collectif Raidh ainsi que celui de Martine Aubry et même de l’hebdomadaire L’Express. Tous sont poursuivis par Antoine di Zazzo, patron de Taser France, pour « diffamation » ou pour « dénigrement de la marque ». En cause: la dangerosité, ou non, du pistolet à impulsion électrique.

Mais si jusque-là c’est le patron de la PME « SMP Technologies » qui prenait l’initiative des procès Taser, la donne a changé depuis jeudi, date de sa mise en examen: il est soupçonné d’avoir fait filer et espionner Olivier Besancenot (il a admis avoir demandé « des vérifications »). Avec ce changement dans la distribution des rôles, la personnalité de « Monsieur Taser » en France revient à la Une des médias… et surtout sa part d’ombre.

PPDA : « un ami »
Antoine di Zazzo, que Rue89 n’a pas pu rencontrer malgré plusieurs tentatives, a cette particularité de détester les médias mais d’adorer la médiatisation. Ce quinqua, père de trois filles, que ses salariés jugent « isolé à force de n’être que son boulot », aime en effet la lumière que lui renvoient les journalistes.
Ceux qui l’ont côtoyé de près racontent des heures d’efforts au quotidien pour se hisser dans la sphère de ceux qui sont en vue. Il aurait ainsi fait des pieds et des mains auprès de ses collaborateurs pour qu’on lui présente l’humoriste Laurent Gerra. D’un déjeuner au Press Club devant des dizaines de journalistes, dont Patrick Poivre d’Arvor, Antoine di Zazzo retenait également qu’il avait « déjeuné avec PPDA », « un ami ».

On sait peu de choses de lui. En tous cas peu de choses fiables. Régulièrement, des articles glissent qu’il est « un ancien de Stanford et des Arts et métiers ». Stanford ? Problème : dans cette PME d’une petite dizaine de personnes, le niveau du patron en anglais laisse perplexe. Et quand on cherche son nom dans l’annuaire électronique de la prestigieuse université américaine, rien. Coup de téléphone: « Je suis formelle, personne sous ce nom n’a fréquenté notre université depuis le XIXe siècle. »

Idem pour « les Arts et métiers ». Antoine di Zazzo n’apparait pas sur le site des anciens de l’Ensam. Et pas plus sur Cnisf.fr, qui recense scrupuleusement tous les ingénieurs diplômés en France.
Celui qui a fondé Taser France en 2003, après être passé par des postes de directeur général chez Motorola et chez Pathé Marconi, n’est donc pas non plus un « ancien des arts et métiers ». Tout au plus a-t-il pu assister à des formations en tant qu’auditeur du Conservatoire national des arts et métiers, organisme de formation continue pour adultes.

Un « proche » de Rony Brauman
Il connaît en fait son heure de gloire en octobre 1985. A l’époque, il passe au journal télévisé pour le grand concert de soutien à l’Ethiopie. Antoine di Zazzo se présente comme le fondateur de « Chanteurs sans frontières », l’association derrière la chanson « Ethiopie », dont les bénéfices seront reversés à Médecins sans frontières et aux Restos du Coeur.
Rony Brauman faisait également partie des membres de cette association. Vingt-trois ans plus tard, l’ancien président de MSF, dont Antoine di Zazzo se dit « proche », a pour le moins pris de la distance:

« Je n’en ai plus jamais entendu parler ensuite. J’aurais du mal à dire à quoi il ressemblait sinon qu’il n’était pas franchement actif dans les réunions. En fait, il a surtout joué les impressarios, mais l’association, c’était les chanteurs. Je me souviens que Di Zazzo nous avait surtout aidés pour qu’on soit exonérés de la TVA sur l’argent récolté avec le disque.

“Pour le reste, j’ai su qu’il se faisait mousser et affirme qu’il était allé sur place en Ethiopie vérifier que l’aide avait été bien allouée. Ça me semble exclu: je ne l’ai jamais vu sur le terrain et j’en aurais été informé s’il s’était rendu en Ethiopie à cette époque où les déplacements étaient tout sauf aisés.

Il aurait fondé les Restos du Coeur…
Benoit Murraciole, coordonnateur de la commission Armes d’Amnesty International France, lui, se souvient que, la première fois qu’il l’a rencontré, en 2004, Antoine di Zazzo lui a carrément dit “qu’il avait fondé les Restos du coeur avec Coluche”:

J’avoue que ces derniers procès et ce que j’ai pu entendre de l’affaire Besancenot ont beaucoup fragilisé ce que je tenais encore jusque-là pour une image humanitaire… Même si nous n’étions pas d’accord et trouvions ses arguments peu solides, nous avions une discussion. Tout d’un coup, un huissier est venu apporter une assignation chez Amnesty, j’en ai été extrêmement surpris.

Benoit Muracciole se souvient d’un style “un peu incantatoire”. Il faut dire que, détracteurs ou collaborateurs, tous s’accordent à dire qu’Antoine di Zazzo était “sincèrement convaincu” de l’ingéniosité de ce pistolet électrique qui pouvait “sauver des vies”. Une formule qu’il reprend d’ailleurs à tour de bras.

Quant à Antoine Gaillard, du collectif Raidh c’est surtout son aplomb dans la contre-vérité qu’il aura retenu. Il y a trois ans, les deux hommes s’étaient croisés mais “même pas adressé la parole”. Depuis, le Raidh affirme qu’il a voulu dialoguer à plusieurs reprises avec Antoine di Zazzo, en vain. Jusqu’à cette émission, le 10 octobre, sur Planète Justice, alors que les deux camps attendent le délibéré dans le procès intenté par Taser aux militants:

Au maquillage, c’était plutôt courtois. Mais à l’antenne, j’ai été saisi de voir que tous les mensonges étaient autorisés: alors que je citais le Comité de l’ONU contre la torture, il m’a rétorqué que le ministère de la Justice internationale avait pris fait et cause pour le Taser! Il a aussi dit qu’il avait gagné tous ses procès, alors qu’en mars il a été débouté contre Amnesty.

Directeur de la communication limogé
Au sein de son équipe, des questions ont pu se faire jour, notamment au sujet de la filature de Besancenot. Mais la société connaît un turnover non négligeable depuis trois ans et pas mal d’obstacles se dressent pour que ceux qui quittent l’entreprise ne gardent pas contact avec ceux qui restent.

Sans compter cette décision prise par Antoine di Zazzo avant l’été : révoquer sine die son responsable de la communication, au beau milieu d’un premier procès Besancenot… et alors qu’un second procès s’ajoutera une fois le lièvre de l’espionnage levé. L’ancien salarié retrouvera son patron mardi devant les Prud’hommes pour une audience de conciliation.

Même si Antoine di Zazzo parie sur le développement de l’équipement des particulier(e)s, les pouvoirs publics restent, de loin, son premier client. L’an dernier, il pariait en interview sur un chiffre d’affaires de 450 millions d’euros d’ici cinq ans.

Vendredi, pourtant, Michèle Alliot-Marie a prudemment invité à “faire la part des choses” entre l’homme et son pistolet. Une déclaration publique qui souligne la tentative du ministère de l’Intérieur de garder ses distances avec Antoine di Zazzo, qui doit bien davantage à l’Association des maires de France d’avoir arraché le décret de juin dernier, qui autorise que les policiers municipaux soient équipés de Taser X-26.

Un marché considérable pour le chef d’entreprise dont un ancien proche souligne pourtant qu’il n’a jamais bénéficié de solides appuis dans l’entourage de Nicolas Sarkozy - “trop incontrôlable”. Certains croient même savoir qu’il vote au centre…

Par Chloé Leprince pour Rue89


Merci à Section île de ré


Selon un rapport d’Amnesty International, de 2007, plus de 260 personnes sont mortes aux États-Unis et au Canada, depuis 2001, après avoir été frappées par un Taser

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