La lettre de Jaurès
Xavier Darcos a présenté le 20 février dernier de nouveaux programmes scolaires pour l’école primaire. Si les objectifs sont louables – mettre fin à la baisse du niveau scolaire français – le contenu est, lui, nettement plus inquiétant, révélateur de la vision rétrograde que la droite a de l’école. Caroline Werkoff*, déléguée nationale aux Études, en relève les failles et les dangers.
Destinés à remplacer les programmes de 2002, élaborés alors que Jack Lang était ministre de l’Éducation Nationale, les
nouveaux programmes devraient servir à enrayer la baisse du niveau des élèves français pointée par différentes études internationales, et à aider les élèves les plus faibles à mieux apprendre
(rappelons que 15% des enfants quittent aujourd’hui l’école primaire sans maîtriser les bases pour suivre correctement les cours en collège).
De tels objectifs sont évidemment louables, car c’est bien en aidant tous les enfants à acquérir les « savoirs fondamentaux » que l’on prépare les conditions d’une réelle égalité des chances.
Pourtant, ces programmes ont suscité une large levée de boucliers, tant auprès des syndicats enseignants (SNES, SNUipp, UNSA-Education, SGEN-CFDT…), de nombreux chercheurs, que d’hommes
politiques (Jack Lang et Luc Ferry ont même signé ensemble une tribune pour les dénoncer).
Ces nouveaux programmes sont en effet surprenants dans leur contenu. Si Xavier Darcos semble refuser de prendre parti dans les querelles pédagogiques traditionnelles, il fait aussi fi de toutes
les études sur l’apprentissage scolaire des enfants. Ce que préconise le ministre pour que tous réussissent, c’est de restaurer la répétition et le « par cœur » comme règle d’or. Or, cela a été
maintes fois prouvé, ces méthodes sont inefficaces auprès des élèves en difficulté.
Emblématiques de ces programmes : les lignes sur l’éducation civique qui devient « Instruction civique et morale » comme l’avait préconisé Nicolas Sarkozy dans son discours du 15 février à
Périgueux. Ainsi, au CP et au CE1, les élèves devront apprendre « notamment à reconnaître la Marseillaise et à se lever lorsqu’ils l’entendent » et « découvrir les principes de la morale »,
lesquels « peuvent être présentés sous forme de maximes illustrées ». On se croirait de retour à l’école de la fin du XIXème siècle !
Les discours rétrogrades sur l’école du candidat Sarkozy, défendant un âge d’or qui n’a jamais existé, ne sont pas restés lettre morte. Au mépris de toute concertation, le Président défend clairement les valeurs d’une droite dure, en faisant passer pour du bon sens des mesures qui n’en sont pas, et qui vont contribuer sans aucun doute à accroître les inégalités scolaires entre les enfants.
*Caroline Werkoff est co-auteure, avec Daniel Lebret, de Réformer l’école, c’est possible !, Éd. Michalon, 2006.
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