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La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog des socialistes de GAUCHY Aisne


Retraites: Fillon accumule les mensonges: par Pierre Larrouturou

Publié par jean luc sur 31 Mars 2008, 09:54am

Catégories : #Politique

L’objectif principal de la première réforme Fillon, en 2003, était d’allonger la durée de cotisation des salariés. Cinq ans plus tard, une étude de l’Assurance vieillesse montre que jamais on n’est parti aussi tôt en retraite: alors que les salariés partaient en moyenne à 62,1 ans en 2001, l’âge moyen de départ s’est abaissé à moins de 61 ans… Une évolution diamétralement opposée à l’objectif de la réforme!

 

 

 

Par peur des "réformes" annoncées pour 2008-2009, un très grand nombre de salariés partent en retraite dès qu'ils ont 60 ans, quitte à subir une décote s’ils n’ont pas cotisé suffisamment longtemps. A cause de la première réforme Fillon, les caisses de retraite qui étaient à l’équilibre en 2002 et devaient rester en équilibre quelques années encore selon les prévisions de la Cnav, ont déjà accumulé un déficit supérieur à 7 milliards d’euros!

Certains parlent d’échec. D’autres de fiasco. Mais François Fillon se présente toujours comme l’Homme-qui-a-réussi-la-réforme-des-retraites… Dans son dernier livre "La France peut supporter la vérité", François Fillon parle à plusieurs reprises de cette "réforme historique", cette "impossible réforme", cette réforme pour laquelle "nous avions l’ardente obligation d’obtenir des résultats",… cette "réforme des retraites que j’ai menée à bien".

Que dirait-on du PDG du Cnes s’il se vantait publiquement d’avoir "mené à bien" le lancement d’Ariane V, alors que le lanceur avait explosé en vol? Que dirait-on du PDG de la SNCF s’il se réjouissait du succès du nouveau TGV alors que le train était resté à quai, incapable de se mettre en mouvement?

Eh bien voilà un homme qui se réjouit publiquement d’avoir "mené à bien" une "réforme historique" alors que, à ce jour, la réforme a eu des effets exactement inverses aux objectifs visés! De deux choses l’une: soit François Fillon se désintéresse complètement de l’avenir des retraites et du bilan de la "réforme historique" qu’il a portée, soit il connaît le bilan fait par la Cnav et il ment.

Notons au passage que si l’âge moyen de départ en retraite a baissé d’un an, quelque 500000 salariés ont quitté "prématurément" le marché du travail, ce qui explique en partie l’évolution du chômage depuis cinq ans.

Mais, au-delà de l’échec de la réforme de 2003 (échec au regard des critères fixés par F.Fillon, car le départ en retraite "anticipé" des carrières longues, que Fillon veut aujourd’hui rendre plus difficile, est un vrai progrès social), l’allongement de la durée de cotisation est-il vraiment la panacée?

Vu l’augmentation de l’espérance de vie, il faudra un jour travailler un peu plus longtemps. Sans doute. Mais, à court-moyen terme, vu le taux de chômage des plus de 60 ans, l’allongement à 41 ans de la durée de cotisation, que veut imposer François Fillon, est-il vraiment pertinent?



Fitoussi: le vrai problème, c’est le chômage

Aujourd'hui, quand un salarié solde sa retraite, il est au chômage (en moyenne) depuis trois ans. Allonger la durée de cotisation sans avoir fait radicalement reculer le chômage ne peut qu’aggraver le problème. Pour Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE, dans Le Monde du 6 mars 2001:

"S'il n'est pas porté remède au chômage, le recul de l'âge de la retraite ne sert à rien. Cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu'ils manquent déjà de travail. Le vrai problème, c’est le chômage.""

Si l’on raisonne globalement, passer de 40 à 41 ans la durée de cotisation, c’est exiger (en moyenne) que les salariés partent en retraite à 62 ans au lieu de 61 ans. Or, dans cette tranche d’âge, 25% seulement des salariés ont encore un emploi. Pour l’immense majorité des salariés, si l’on passe la durée de cotisation à 41 ans sans avoir radicalement fait reculer le chômage des plus de 60 ans, cela signifie seulement qu’il manquera une année de cotisation. Quatre trimestres manquants, c’est une perte de 10% sur le niveau des pensions!

Voilà comment, avec des arguments pleins de bon-sens ("l’espérance de vie a augmenté, donc il faut cotiser plus longtemps"), on prépare une baisse généralisée du niveau de vie des retraites de la Sécurité sociale. Ceux qui veulent développer les systèmes d’assurance privés sont évidemment très favorables à cette réforme (Guillaume Sarkozy, frère de Nicolas, n’est-il pas le DG d’un groupe d’assurance-santé, assurance-retraite?) mais on comprend que tous les syndicats s’opposent à ce nivellement par le bas.

Quand François Fillon dit qu’il veut sauver le système des retraites, il ment. En réalité (il le sait très bien), si sa réforme était adoptée, elle amènerait à un affaiblissement très net de notre système de retraites.

Baisser aussi fortement le niveau de vie de millions de retraités serait scandaleux humainement: derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes qui veulent vivre –vivre pleinement et pas seulement survivre ou sousvivre- avec ce que la Sécu leur verse. Comment fait-on pour vivre avec 900 euros par mois? Comment fait-on pour accueillir ses petits enfants quand chaque sou est compté?

Mais une telle baisse des retraites serait aussi un non-sens économique: comment maintenir un peu de croissance si le niveau de vie des retraités baisse fortement et que, de ce fait, les salariés en activité sont incités à épargner au lieu de consommer?

Freiner dans la montée ou attendre la descente?

Un spécialiste du dossier résume la situation:

"Soyons clairs: sans doute faudra-t-il un jour travailler plus longtemps. Mais, tant que l’on ne s’est pas donnés les moyens de lutter radicalement contre le chômage, travailler plus longtemps est contre-productif. C’est comme quand on fait du vélo en montagne: bien sûr que, après avoir passé le col, il faudra freiner. Mais si on freine dans la montée, on n’arrivera jamais au col! La priorité, la seule, c’est de lutter contre le chômage et les petits boulots."

Une deuxième raison oblige à lier le dossier des retraites et celui du chômage: avec 3 millions de chômeurs et des millions de précaires, la négociation entre salariés et entreprises est de plus en plus déséquilibrée: "Si tu n'es pas content, va voir ailleurs", remplace souvent toute vraie négociation. De ce fait, en un quart de siècle, la part des salaires (salaires et cotisations) dans la richesse nationale a chuté de 11%. C’est considérable. Le gouvernement indique que, sans réforme, le déficit des retraites sera de 1% du PIB en 2020. C’est vrai. Mais, à cause du chômage, la part des salaires dans le PIB a baissé de 11%. ONZE FOIS le déficit prévu en 2020!

 


Si l’on arrivait à vaincre le chômage et la précarité, sans doute, la négociation sur les salaires serait-elle plus équilibrée et l’on pourrait sans trop de difficulté, trouver les 1% du PIB qui manqueront, en 2020, aux caisses de retraite.

Chômage, pouvoir d’achat des salariés et niveau de vie des retraités… Ces trois questions sont étroitement liées. On ne pourra pas améliorer franchement le pouvoir d’achat des salariés ni sauver les retraites si l'on n'arrive pas à luuter radicalement contre le chômage et la précarité.

Hélas, dix mois après leur arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy et François Fillon n’ont annoncé encore aucune réforme pour lutter contre le chômage et la précarité. Ce silence en dit long sur les priorités de l’équipe au pouvoir. Au-delà de quelques mesures cosmétiques, la droite ne fera rien qui puisse fondamentalement rééquilibrer le marché de l’emploi et donc rééquilibrer le partage de la richesse nationale. C’est à la gauche de se mettre au travail pour construire une alternative au désordre social ambiant.

La gauche ne peut pas se contenter de critiquer la réforme Fillon et "d’esquisser des réponses". Il faut construire une vraie alternative, concrète, chiffrée, argumentée!

Hélas, pour le moment, la gauche ne se donne pas les moyens de construire cette alternative. Ce qui est le plus frustrant aujourd’hui, pour des millions d’entre nous, c’est que, sur les retraites comme sur bien d’autres sujets, les politiques semblent impuissants alors que jamais les solutions n’ont paru aussi évidentes pour sortir de la crise.

Toutes les semaines sont publiés des livres qui présentent un certain nombre de solutions concrètes. Aux quatre coins du pays, des associations et des élus innovent et font la preuve qu’on peut vraiment changer le système! Si la gauche se mettait au travail, en quelques mois, on pourrait avoir un projet génial. C’est comme les morceaux d’un puzzle qu’il faut rassembler… Bien sûr, il y a à prendre et à laisser. Bien sûr, tout n’est pas possible tout de suite. Bien sûr, il faut créer des marges de manoeuvre financière (je fais des propositions dans ce domaine), mais, que ce soit en matière de lutte contre le dérèglement climatique ou en matière sociale (les deux urgences absolues), on pourrait en quelques mois construire un consensus fort, à la hauteur des enjeux, si on se donnait la peine d’écouter vraiment ceux qui ont travaillé sur la question.

La gauche qui gagne, c’est la gauche qui travaille
La gauche vient de gagner bon nombre de villes. Ce n’est pas seulement par rejet de la droite. C’est parce que, au niveau local, les élus et les militants travaillent. Ils sont à l’écoute des associations. Ils font des propositions concrètes... Les valeurs de la gauche sont en phase avec ce qu’attendent la plupart de nos contemporains. Si la gauche est capable de traduire ses valeurs en politiques concrètes, elle est soutenue par une très large majorité. Pourquoi ce qui marche au niveau local ne pourrait pas marcher au niveau national?

A peine passées les municipales, la droite reprend son travail de démolition sociale: réforme des retraites, réforme du droit du travail, réforme du temps de travail, réforme de la santé… Quatre réformes au moins doivent être engagées d’ici l’été qui vont, très concrètement, affaiblir la situation d’une majorité de citoyens. Et en face, que fait le principal parti de gauche, le PS? Il va réformer sa Déclaration de principe!

A Bysance, alors que la ville allait tomber aux mains des barbares, on discutait du sexe des Anges. A Solférino, on critique un peu la droite mais on ne fait rien de sérieux pour construire une alternative. On discute d’une nouvelle Déclaration de principe en aiguisant les couteaux pour le prochain Congrès...

Plus loin, plus vite, autrement

Avec 18 parlementaires, des élus locaux et des militants issus de toutes les tendances du PS, nous proposons une toute autre stratégie. Nous avons lancé une pétition pour que le PS aille plus loin et plus vite dans son travail de rénovation. Nous voulons que l’ensemble des forces de gauche se retrouvent et se mettent au travail, "pour de vrai", à plein temps, pendant trois mois, pour parvenir à l’élaboration d’un nouveau contrat social.

Nous devions déposer cette pétition au Conseil national du 25 mars. Nous avons été empêchés de le faire. Mais ce n’est que partie remise: nous déposerons cette pétition lors du Bureau national du 1er avril, mardi soir. Que vous soyez au PS ou que vous n’y soyez pas, si vous partagez notre analyse, signez l’appel sur www.nouvellegauche.fr



dans http://www.rue89.com/

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