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La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog des socialistes de GAUCHY Aisne


Les vertus de l’exemple : d’un gouvernement qui réforme pour tous, sauf pour lui-même?

Publié par jean luc sur 29 Novembre 2007, 14:53pm

Catégories : #Economie

Les vertus de l’exemple

ceinture.jpgContrairement à ses homologues internationaux, le gouvernement français ne s’applique pas à lui-même la rigueur qu’il préconise pour l’ensemble de ses citoyens. Il y a ainsi toujours des moyens pour financer hausses de salaires ou voyages somptuaires pour les gouvernants, mais plus rien de disponible lorsqu’il s’agit de mettre en place des mesures au bénéfice de tous. Or, toutes les réformes réussies chez nos voisins ont commencé par un travail de leurs gouvernements sur eux-mêmes: les gouvernants ont ainsi renoncé à autant que ce qu’ils ont demandés à leurs concitoyens... La France ne prend pas ce chemin... Et se pose alors la question de la légitimité de réformes issues d’un gouvernement qui réforme pour tous, sauf pour lui-même?

En 1993, le Canada était annoncé comme au bord de la faillite par le FMI et ses obligations publiques dégradées au rang d’obligations pourries par certains instituts de notation . Il s’en est suivi un plan d’austérité sans précédent qui fait aujourd’hui de ce pays le meilleur élève du G8 : croissance de plus de 2,5%, épargne des ménages en hausse, absence de déficit publique, dette publique en passe d’être résorbée... 
Un constat idyllique que beaucoup, avec l’avènement du nouveau gouvernement, pensaient possible en France.

Mais les dirigeants canadiens - tout comme les dirigeants italiens ont accepté une baisse de leur rémunération de 30% dans le cadre du budget 2007 - conscients qu’ils ne pouvaient demander à leurs concitoyens de « maigrir » tous seuls, ont souhaité donner l’exemple... Ainsi on pouvait lire dans les documents d’orientation du bureau du vérificateur général du Canada la phrase suivante : « Pour les gestionnaires du secteur public, le défi consiste à intégrer les principes de bonne gestion à la prise de décisions. En fait, ils doivent donner l’exemple. S’ils ne le font pas, leurs subalternes ne se fieront plus non plus à ceux-ci. »

service-public1.jpgLe discours sur la « faillite »a été - en France - repris par le premier ministre François Fillon pour justifier les nouveaux efforts en terme de retraite, de désengagement de l’état, de santé publique... En gros en termes de réduction de la dépense publique.

Ce discours est légitime sur le fond : l’endettement de la France atteint soit 79,7 % du PIB selon les critères comptables, soit 64,2% du PIB selon les critères retenus pour mettre en place les ratios de Maastricht ; et n’a cessé de croître depuis 1978...

En revanche, les dirigeants français ne semblent pas réellement soucieux de s’appliquer ce qui a fait le succès de la réforme canadienne ou allemande, c’est-à-dire de s’appliquer à eux mêmes ce qu’ils demandent à leurs concitoyens.

Voit-on les ministères réduire leur train de vie ? Non ! On peut ainsi s’interroger de la nécessité pour le président d’être accompagné dans son voyage d’état en Chine (donc aux frais du contribuable) par sa mère, un de ses fils ou encore la ministre de la justice, et ce alors même que la secrétaire d’état aux droits de l’homme demeure en France... D’autant plus que contrairement à ce que l’on a pu entendre de la part du porte parole de l’Elysée, les chinois n’ont que faire de la présence de tel ou tel ...Entend-on parler de baisse de rémunération des ministres, du président et des parlementaires ? Non, bien au contraire : le Président de la République ne vient-il pas de se faire accorder une hausse de salaire de 140%! Entend-on parler que tel ou tel ministère renonce à ses frais d’apparat (voitures de fonctions, avions privés...) et ses frais de représentation ? Non, bien sûr : l’Elysée donnant le « La »...avec une multiplication par 3 de ses frais de fonctionnement !elysee1.gif

Dans ces conditions, la légitimité des réformes ne peut être que très rapidement remise en cause.

Invitée voici quelques années par la Présidence Allemande dans une délégation tout ce qu’il y a de plus officielle, un cocktail avait été organisé en notre honneur avec l’ensemble de la classe politique d’alors.

Il nous avait été servi, sous les ors sobres du château de Bellevue, en gants blancs et avec tout l’apparat nécessaire : du vin blanc du Rhin, du jus d’orange, de l’eau gazeuse et divers bretzels... Ni champagne, ni petits-fours. 
Certains membres de notre délégation française - et non des moindres...il y avait même des membres de l’actuel gouvernement - avaient interrogé leurs homologues allemands sur cette sobriété. Il leur avait été répondu que les parlementaires et politiques étaient récipiendaires de la richesse du peuple Allemand et qu’ils n’avaient pas à dépenser ses deniers inconsidérément, en dépenses d’apparat. Cette anecdote allemande illustre probablement les raisons des échecs perpétuels des réformes en France :

- les gouvernants ne sont pas prêts à s’appliquer à eux-mêmes les potions amères qu’ils infligent à leurs concitoyens,

- les gouvernants - et on les comprend, la lutte a été âpre pour arriver là où ils sont - sont les premiers à s’accorder des hausses de dépenses, de salaires et de budgets de fonctionnement sans tenir compte du fait qu’ils ne montrent l’exemple :

- ni à leurs concitoyens : comment accepter pour un simple citoyen de voir ses retraites réduites de 20 ou 30% après une vie de labeur et de cotisations - alors que ses propres dirigeants se sont au préalable immunisés contre tout risque de baisse de revenu ou de niveau de vie ?

- ni à leurs administrations : comment accepter un gel des salaires, des carrières ou des budgets de fonctionnement alors qu’au sommet de l’état, tel n’est pas le cas ?

 Certes, me direz-vous, ces dirigeants politiques ont des responsabilités lourdes et prenantes qui justifient quelques petits « à côtés »... Mais on a pu entendre ces mêmes dirigeants s’indigner contre les rémunérations de leurs homologues du secteur privé, qui s’autorisaient certaines hausses de leurs rémunérations alors même que l’entreprise dont ils avaient la charge était au bord du gouffre : n’a-t-on pas entendu ces mêmes politiciens se dire choqués par l’attitude des managers d’Alcatel-Lucent ?

Si l’entreprise France est en « faillite » et si nos responsables politiques sont fidèles à leurs discours d’hier , leurs rémunérations actuelles sont - selon leurs propres termes - inacceptables. Pourtant, loin d’aligner leurs gains sur la situation globale du pays dont ils ont la charge, il semble que nos dirigeants souffrent chroniquement d’une vision à deux vitesse  : au citoyen moyen les efforts, « payer plus pour avoir moins » en fin de course, à ses gouvernants la sécurité acquise sur le travail de tous.

Si en période de croissance cette « morale » est supportable car la prospérité est inévitablement partagée et bénéficie finalement à tous, elle devient insupportable lorsqu’une dépression survient car alors les efforts concentrés sur les seules classes moyennes - celles trop « riches » pour être éventuellement soutenues par l’état providence et trop « pauvres » pour être vraiment indifférentes au risque de déclassement social - deviennent insuffisants pour financer les dépenses inconsidérées des élites et les charges de plus en plus lourdes de l’état qui ne peut laisser dans la déchéance une part croissante de ses concitoyens.aeds2.jpg

Il reste à espérer qu’il ne faudra pas la lecture du « Journal d’un mort au champ d’honneur de la réduction de la dette publique » , comme cela a eu lieu au Japon il y a peu, pour que la classe politique française comprenne enfin comme la canadienne ou l’italienne, qu’il ne sert à rien d’assener ses commandements du haut de sa passerelle sans se soucier de ce qu’il se passe en soute, car un jour la soute ne peut plus entendre les ordres et les moteurs du navire s’arrêtent. Il est alors trop tard pour éviter que celui-ci ne dérive ou n’évite un obstacle...

Un magnifique paquebot gît par 3000 mètres de fonds pour nous le rappeler. titanic.jpg

Il appartient à nos dirigeants d’éviter que la mécanique se grippe en montrant ne serait-ce qu’un minimum de solidarité avec la soute, et cela passe, que cela soit agréable ou non, par l’exemple...

par Zazen Koi dans http://www.agoravox.fr/

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