Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog des socialistes de GAUCHY Aisne


Le long combat des militants de la laïcité

Publié par jean luc sur 29 Novembre 2007, 14:09pm

Catégories : #Education Nationale

coll--ge.jpgÀ l’heure où une circulaire impose aux communes de résidence de participer aux frais de scolarisation des élèves fréquentant les écoles privées de municipalités voisines (voir p. 7), le débat sur la laïcité revient sur les devants de la scène. Retour sur une lutte parlementaire qui aboutira à la loi de séparation de 1905.

Tribune de l’Assemblée, 15 janvier 1850. Victor Hugo prononce un violent réquisitoire contre la loi du 11 janvier dite « petite loi Falloux » qui permet notamment aux congréganistes d’enseigner, à l’aide d’un simple certificat délivré par leur ordre. Cette intervention constitue le premier grand manifeste public de la laïcité scolaire et civile. Tout y est : la distinction de la religion et du cléricalisme, la dénonciation des obscurantismes religieux, le rappel des persécutions dont l’Église s’est rendue coupable et de la vocation émancipatrice de l’école publique et laïque,… « En matière d’enseignement, l’État n’est et ne peut pas être autre chose que laïque (…). Je veux l’enseignement de l’Église en dedans de l’Église et non au-dehors (…). En un mot, je veux ce que voulaient nos pères, l’Église chez elle et l’État chez lui. »

Âpres débats Ce discours résume un siècle et demi d’âpres débats et de joutes oratoires pour la défense des valeurs qui inspireront les auteurs de la loi de 1905, comme le rapport rédigé par le socialiste Aristide Briand, alors à la tête d’une commission pour mieux saisir les enjeux politiques de cette loi.

Tout ne sera pas facile pour autant. À la suite d’Hugo, il faudra patienter encore plus de trente années avant que l’idée de laïcité ne germe à nouveau dans les consciences. La loi du 28 mars 1882 rend ainsi l’enseignement primaire obligatoire et laïque. Tant et si bien que la religion ne sera plus enseignée dans les locaux scolaires. En contrepartie, un jour de congé est programmé pour que les parents puissent envoyer leurs enfants au catéchisme. La loi d’ensemble du 30 octobre 1886 « laïcise » le personnel enseignant tout en maintenant la liberté de l’enseignement. Jules Ferry, avec le soutien de Ferdinand Buisson, joue un rôle majeur dans ces changements, convaincu qu’une « morale laïque » peut devenir la valeur commune, au profit du lien social. Privilèges abolis Il faudra une génération encore avant que le système des cultes reconnus soit aboli.

Cette seconde étape, décisive, est marquée par une lutte sans merci des Républicains contre les congrégations religieuses enseignantes et la fermeture de leurs établissements par Émile Combes. Pour autant, le projet de séparation des Églises et de l’État rédigé par le président du Conseil n’aboutira pas. Mais un pas décisif aura été franchi, même si la loi de séparation, adoptée le 9 décembre 1905, contient des dispositions moins radicales, telles que le respect de la liberté de conscience, du libre exercice des cultes ou de l’organisation interne des religions. Cette loi dissocie clairement la religion du pouvoir civil en abolissant le statut public des Églises. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Le budget des cultes est supprimé, le service des cultes disparaît, le chef de l’État ne nomme plus les évêques. Honneurs, préséances et privilèges de juridiction sont abolis.

Si la loi garantit la liberté de conscience et de culte, elle supprime les établissements publics du culte, remplacés par des associations cultuelles régies par la loi de 1901, que le pape Pie X s’empresse de rejeter, au motif qu’elles remettent en cause le principe d’autorité dans l’Église, en confiant le pouvoir à la base. Un compromis est trouvé en 1921 sous la forme d’associations diocésaines appelées à respecter l’ordre hiérarchique de l’Église. Le Conseil d’État émet à leur propos un avis favorable en 1923, et le pape, par une encyclique du 18 janvier 1924, les accepte. De nombreux laïques y verront un affaiblissement inacceptable du principe de séparation, l’État se résignant, dans le cas du culte catholique, à tenir compte de sa « constitution » non démocratique.

--cole.jpgLes passions ne retomberont jamais totalement. L’affaire du « foulard islamique » et, plus récemment encore, la publication de la circulaire de Robien sur le financement des classes élémentaires privées sous contrat, ne feront que raviver de vieux souvenirs, sur fond de lutte multiséculaire entre deux points de vue inconciliables. Preuve que l’affirmation du concept de laïcité est un combat sans fin, qui exige la plus grande vigilance de la part de ses plus ardents défenseurs.

Bruno Tranchant

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents