Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog des socialistes de GAUCHY Aisne


Interview de Jean-Christophe Cambadélis dans Libération : « Comme on dit en cyclisme, le trou est fait »

Publié par jean luc sur 18 Septembre 2015, 08:34am

Catégories : #Politique, #Jean-Christophe Cambadélis, #Parti socialiste, #Gouvernement, #Réfugiés, #International-Europe, #Merkel, #Hollande, #Sarkozy, #LE PEN

Interview de Jean-Christophe Cambadélis dans Libération : « Comme on dit en cyclisme, le trou est fait »

Retrouvez l'interview de Jean-Christophe Cambadélis, parue dans Libération.

Vous avez consacré un livre aux «valeurs» de gauche. Sur la question des réfugiés, vous êtes satisfait d'avoir regagné du terrain sur la droite?

Tout à fait. Lorsque le Parti socialiste renoue avec ses valeurs, les choses bougent. Je plaide, depuis juin, pour un traitement républicain de l'immigration et des réfugiés, et l'organisation en France d'une conférence internationale sur le sujet. Une proposition reprise par le Président de la République.

Les militants, oui, mais pas vraiment le gouvernement...

Le PS a fait sa part du travail. Il est beaucoup plus libre qu'un gouvernement qui n'a pas à jouer ce rôle d'avant-garde. Il lui fallait, avant de s'engager, avoir un accord solide avec Angela Merkel, établir un rapport de force avec les conservateurs en Europe et en France. Le gouvernement n'agit pas in abstracto. L'opinion publique française était très méfiante. Mais l'intervention d'Angela Merkel, en France, avec sa critique de ceux – comme Nicolas Sarkozy – qui veulent remettre en cause les accords de Schengen, a facilité les conditions politiques.

Merkel a donc joué ce rôle d'«avant-garde»...

Le gouvernement français ne pouvait s'élancer sans avoir travaillé à des solutions et l'opinion. Les interventions de la chancelière mais aussi du pape François et du Premier ministre David Cameron, sous la pression des médias britanniques, ont permis à l'exécutif de se lancer dans un autre climat.

Sur ses «valeurs», la gauche est tout de même sur la défensive, et Marine Le Pen impose les siennes...

Occupés à redresser l'économie de notre pays et, pour certains, à critiquer la politique gouvernementale, nous avons abandonné le terrain des valeurs. Petit à petit, la préférence nationale, une vison ethnique de la République, s'est installée.

D'où votre volonté de voir la gauche parler d'«identité». Pourquoi avoir refusé ce débat sous Nicolas Sarkozy ?

La peur du «grand remplacement» unifie les droites. Notre adversaire a imposé son terrain. Si nous nous y dérobons, il s'installera. La gauche doit aller au combat: opposer son identité républicaine à l'identité ethnique. Porter notre tryptique: l'égalité réelle, la liberté ordonnée et la fraternité laïque pour une société décente. En menant cette campagne d'accueil des réfugiés et en accueillant des familles dans ses communes depuis plus d'un an, les socialistes reprennent pied dans cette bataille idéologique.

Mais le PS, ne recule-t-il pas sur le terrain idéologique lorsque certains de ses membres parlent de «charges» au lieu de «cotisation» ?

Il faut à la fois cesser d'utiliser les mots de l'adversaire et arrêter ce langage technocratique qui nous éloigne du peuple. C'est un défaut de la gauche de gouvernement. Nous réussissons à bien gérer la France mais nous utilisons un vocabulaire de gestionnaires.

Si déceptions il y a, n'est-ce pas surtout à cause de promesses qui n'ont pas été tenues?

Il y a un point commun entre les sociaux-libéraux et la gauche de contestation: tout se réduit à l'économie. En 1977 et 1936, la gauche s'est unie alors que les désaccords portaient sur le type de société. Aujourd'hui, nous ne pourrions le faire à cause de 5 milliards d'euros que certains veulent voir transférer vers les ménages?

Sur le budget, le PS a fait des propositions cet été qui n'ont pas été retenues par le gouvernement. Qu'en attendez-vous?

Nous avions insisté sur le pouvoir d'achat et les aides aux collectivités locales. Le gouvernement a choisi d'y répondre par de nouvelles baisses d'impôts et le soutien à l'investissement: 3 milliards d'euros l'an dernier et 2 milliards cette année pour les ménages les plus modestes ; plus d'un milliard pour les collectivités locales qui investissent. C'est une inflexion intéressante. Même si nous souhaitons plus pour l'investissement public. Sur la fiscalité, le gouvernement a décidé d'aller vers l'impôt à la source, c’est un bon début, même si le PS défend toujours la réforme de la fiscalité. Enfin, sur le Pacte de responsabilité, nous souhaitons que le dernier tiers des baisses de cotisations aux entreprises tienne compte de l'efficacité en termes d'emplois.

Quelles seront les lignes rouges du PS dans la réforme du code du travail ?

Celles qu'ont fixé le président de la République et le Premier ministre. Mais il y a un préalable: la sécurisation des parcours professionnels. Je m'engagerais dans ce débat sur le code du travail le jour où nous aurons le détail du compte personnel d'activité.

Quatre députés ont appelé dans Libération à un groupe « rouge-rose-vert » à l'Assemblée. Si des socialistes acceptent, quelle sera votre réaction?

Ils quitteront le Parti socialiste. Mais je ne pense pas qu'il y en aura.

Vous souhaitez construire une «belle alliance», mais comment convaincre les communistes et les écologistes de revenir au-delà de rappels au 21 avril?

Notre objectif n'est pas de refaire la gauche plurielle. Le PS veut rassembler à la fois les partis mais aussi des personnalités, des associatifs ou des syndicalistes – même critiques – qui continuent de croire en nous. Si nous avons la force de nous dépasser, la dynamique de cette alliance créera une nouvelle donne à gauche. Je ne veux pas subir. Je veux construire. Il y a une envie de faire du neuf.

Avec le PS? Votre vision n'est-elle pas hors-sol quand on voit l'image que vous avez aujourd'hui?

Non. La gauche politique est très divisée au sommet. A la base, la gauche sociologique est plus disponible à l’unité et au PS.

Ça ne se traduit pas dans les urnes...

Aujourd'hui, quel que soit le candidat testé dans les sondages, le PS arrive au-dessus de 20%. Dans un moment qui n'est pas très favorable pour nous! Le candidat de droite n'est qu'à quelques points... Les autres candidats de gauche ne passent pas les 10%. Comme on dit en cyclisme: le trou est fait. Nous avons un socle. A nous de démontrer aux régionales que notre gestion est différente de celle de la droite. Et pour gagner en 2017, il faudra avoir des résultats, être uni et montrer le nouveau visage de la gauche.

«Etre uni», ça veut dire trouver un compromis avec Cécile Duflot pour qu'elle ne se présente pas?

Elle n'est pas la seule sur le plot de départ. Et je ne pense pas que la multiplication des candidatures à gauche favorise l'idéal qu'ils défendent. Ils se présentent pour créer une nouvelle radicalité, pas pour créer une France nouvelle.

On a l'impression que cette «nouvelle alliance» ce sont les pro-Hollande et pas la construction d'un nouveau projet de gauche avec les partis qui vous ont soutenu...

Ils ne veulent pas faire ce geste pour l'instant. En attendant, je compte réunir tous ceux qui sont d'accord pour travailler ensemble.

Les écologistes du Nord-Pas-de-Calais - Picardie ont choisi : aux régionales, ce sera sans vous…

Ce n’est pas un choix pour la région et l’écologie. Encore moins pour battre Marine Le Pen. Il s’agit juste de promouvoir une nouvelle radicalité avec Jean-Luc Mélenchon. Ce vote va aggraver la crise chez eux.

Aux régionales, appellerez-vous vos listes à se retirer si elles arrivent en troisième position?

Au soir du premier tour, le total des voix de gauche sera supérieur au score des Républicains. La responsabilité de la gauche ne sera pas de se retirer mais d'être capable de s'unifier. De toute façon les déclarations extrémistes de Christian Estrosi et de Xavier Bertrand sur les réfugiés empêchent désormais le Front républicain. Je mets d'ailleurs en garde les écologistes qui s'allient avec Jean-Luc Mélenchon: il est aujourd'hui pour une sortie de l'euro, refuse de voter au 2e tour pour le mieux placé à gauche et explique que François Hollande est «pire» que Nicolas Sarkozy...

Sarkozy justement, souhaitez-vous qu'il gagne la primaire à droite?

C'est un homme clivant mais c'est un combattant. En campagne, il peut être redoutable. Alain Juppé est un homme incohérent et souvent méprisant. En campagne il peut être émollient. Mais au-delà des personnalités, la droite est dans une crise stratégique entre ceux qui estiment qu'il faut aller sur les terres du FN pour lui dérober le feu de la préférence nationale et ceux qui disent que faire cela, c'est perdre son âme.

Des gens de droite pourraient-ils voter Hollande?

La question ne se posera pas. La primaire ne règlera rien. Si Sarkozy gagne, il y aura un centriste. Si c'est Juppé, il y aura un représentant de la droite dure. La qualification pour le second tour se jouera donc à quelques points. D'où l'impératif de se rassembler.

Pourquoi, alors, ne pas vouloir organiser une primaire de toute la gauche?

Je n’avais pas fermé la porte à cette idée. Cela aurait pu offrir une solution de sortie à certains candidats de gauche et écologistes. Mais ils sont aujourd'hui dans une logique d'affirmation. Du coup, une primaire se ferait entre socialistes. On ne peut pas vouloir lutter contre la fragmentation et l'organiser en son sein avant la présidentielle.

Propos recueillis par Lilian Alemagna et Rachid Laïreche

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents