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La Lettre de Jaurès

La Lettre de Jaurès

Blog de la fédération de l'Aisne du Parti socialiste


Colère ! par Julien Dray

Publié par jean luc sur 20 Décembre 2013, 12:27pm

Catégories : #Billet d'Humeur, #Bonjour la Droite, #FN, #Edouard Martin, #Europénnes 2014

Colère ! par Julien Dray

Il y a des moments où la colère s’impose d’elle-même comme réaction à l’inacceptable.

Le Parti Socialiste a décidé de confier la tête de liste des élections européennes dans le Nord-Est de la France à Edouard Martin, syndicaliste CFDT et figure emblématique de la lutte pour la survie du site de Florange. Dans le quart Nord-Est de la France, des villes, des villages ont été dévastés par la désindustrialisation.

On a reproché au Parti Socialiste – souvent à raison – de s’être éloigné de la classe ouvrière. Cette dernière s’en est parfois éloignée. Elle est souvent partie vers l’abstention ou parfois vers le vote d’extrême droite à mesure que ses difficultés économiques et sociales empiraient, à mesure aussi que tout un pan de notre société, porté par l’industrie pendant plus d’un siècle, s’affaiblissait ou s’affaissait.

Les réactions que j’ai entendues sont parfois indignes. Ainsi un ancien Ministre UMP- Dominique Bussereau – twittait hier : « Un mandat européen dans les petits souliers d’Edouard Martin: ou comment passer de la banderole à la gamelle. ». Je pourrais multiplier les exemples. Celui-ci est à la fois méprisant et révélateur de la conception que se font certains de la politique : une chasse-gardée, un domaine où les privilèges jouxtent la rente mais d’où doivent être exclus ouvriers, employés. Réaction de caste ou réaction de classe ? Les deux !

Oui, il y a bien du mépris de classe dans le traitement qui a été réservé pendant la journée d’hier à Edouard Martin. On tolère les ouvriers comme on tolère les Indiens des Réserves aux Etats-Unis. Folkloriques et démunis. On veut bien les protéger mais on ne veut pas qu’ils soient acteurs de leur propre destin. On veut bien qu’ils pleurent devant les cataclysmes sociaux qu’ils subissent mais pas qu’ils apportent leurs propres solutions.

On ne tolère pas plus que le Parti Socialiste aille chercher un ouvrier. Cela dérange. Face à l’énarque Philippot et à Nadine Morano, Edouard Martin porte son combat, son expérience de la vie, ses combats sociaux, ses défaites passées et ses possibles victoires à venir. Il porte son idéal. Il rappelle la gauche à ses responsabilités. Et si le PS lui donne la responsabilité de mener ce combat c’est parce qu’il est conscient des limites qui ont été les siennes et parce qu’il entend, à l’avenir, les surmonter.

Edouard Martin n’est pas membre du Parti Socialiste. Il œuvrera à Bruxelles et Strasbourg à défendre politiquement les idées qui ont déterminé son précédent engagement : l’engagement syndical. Cette fois, c’est au sein de l’hémicycle pour qu’il pourra donner de la voie et dire que ce vieux continent n’est pas condamné à laisser mourir son industrie et sa classe ouvrière. Enfin quelqu’un pourra défendre, d’expérience, une politique industrielle européenne. Il était temps !

Hier, les micros ont été complaisamment tendus à des syndicalistes – ceux de FO à Florange, brouillant le message de leur propre centrale – qui clamaient leur dépit et maugréait contre le prétendu « rôle » qui avait tenu par leur collègue. Qu’I-télé par exemple se coalise avec FO (qui, pour une fois s’est égaré dans un mauvais combat) dans une forme de pugilat médiatique contre un syndicaliste engagé sur une liste socialiste est révélateur du fait que cette candidature est un bon choix.

Car, au-delà d’Edouard Martin, il faut bien constater que c’est aussi le Parti Socialiste qui est directement visé : pourquoi ? Parce que le PS révèle qu’il n’est pas irrémédiablement « social-libéral ». Il a ses contradictions. Il essaye de les résoudre. Il essaye de les surmonter et de définir un cap qui ne soit ni une soumission aux dogmes de l’austérité ni un moulin à prières incantatoire. Le PS vit. Il réfléchit encore.

Pour la gauche dans son ensemble, la reconquête des ouvriers ne se fera pas en un jour. Il faudra poursuivre. On misait sur la mort symbolique de la classe ouvrière. On se disait que le PS déserterait ce combat. Voici que le poing frappe la table et que la rose retrouve quelques couleurs. Et on ne saurait adresser qu’un mot à ceux qui s’en plaignent…

http://www.juliendray.fr/

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